Monday, 22 October 2018

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Friday, 01 June 2018 10:52

Interview exclusive du slameur Kaporal Wisdom : « j’écoute rarement le slam »

Le slameur Kaporal Wisdom slame tout et rien Le slameur Kaporal Wisdom slame tout et rien Photo Crédit: Eric Le Braz pour Togotopnews

De son vrai nom, Kounkey Ekue Hola Wisdom, l’artiste parolier, slameur et messager Togolais, Kaporal Wisdom s’est entretenu avec le site d’information générale Togotopnews. Pour celui que l’on peut nommer le roi du slam au Togo, le parcours n’a pas été facile mais le courage et surtout  le soutien de la famille lui ont permis de gravir les échelons. Lecture :

Comment êtes- vous arrivé à la musique ?

Tout a débuté en 2004. J’ai démarré en tant que danseur avec le groupe Wu-Tang klan. J’ai fait du break danse de 2004 à 2007. Après 2007, pour des raisons d’études, j’ai dû arrêter tout pour avoir le probatoire et le baccalauréat. Je suis revenu sur scène en 2010 et c’est en ce moment que j’ai démarré avec le slam.

Pourquoi aviez-vous choisi le slam ? 

J’aime être particulier. Je n’aime pas faire ce que tout le monde fait. Je n’aime pas me confondre à la foule. J’aime m’identifier autrement. A l’époque où je devais faire la musique, il y avait beaucoup de gens qui étaient déjà dans le rap, le RNB, etc. Personnellement, je n’aime pas trop faire ce que les gens pensent que c’est ça qui marche, j’aime relever des défis. Et puis, j’ai vu qu’il n’y avait pas bon nombres de gens qui s’adonnent au slam à l’époque. Bien plus, ma mère a énormément contribué à ce choix. C’est elle qui m’a convaincu qu’avec le slam,  tout le monde comprend facilement.

Voilà pourquoi, je me suis lancé dans le slam et je crois que si je suis aujourd’hui ici, c’est parce que le défi a été relevé en partie même si ce n’est pas totalement. Aujourd’hui, que ce soit les autorités ou le public, les Togolais savent qu’il y’a un genre de musique qui est là et qui s’appelle le slam.

Qu’est-ce que vous slamer ?

Je slame tout et rien, parce que je parle de tout. Chacun pourrait s’identifier d’une manière ou d’une autre dans mes textes. Je parle du patriotisme, de la citoyenneté, du civisme. Je parle de l’amour rarement, je parle du partage, de la paix. Je parle de la vie et du vécu quotidien. En fait, je ne cherche pas loin, je parle de tout ce qui est autour de moi, tout ce que les gens disent autour de moi. J’écoute le public, j’essaye de voir de quoi il a besoin, de comprendre ce que les gens veulent dire et qu’ils n’arrivent pas à  dire. Voilà, je me porte la voix des voix qui n’arrivent pas à s’exprimer.

Les gens disent assez souvent que vous êtes un moralisateur, est-ce vrai ?

Moralisateur ? Je dirai peut-être que c’est trop dit mais je suis quand même « conscientisateur ». C’est la raison pour laquelle en 2016, j’ai lancé « la lettre à ma génération » qui a été reprise  plusieurs fois. Cette chanson a été reprise en Italie, Haïti, Mauritanie puis en deux versions au Togo. Actuellement, on a au moins une petite remise pour « la lettre à ma génération » dont la bande dessinée est en train de se préparer à Cotonou (Bénin) par le caricaturiste Beninois, Tipam qui a décidé de reprendre le texte en dessin pour permettre aux enfants, aux jeunes qui aiment les bouquins de se retrouver dans la bande dessinée à chaque vers du début jusqu’à la fin du son. Le but de cette initiative est d’aller vers un autre public parce qu’aujourd’hui, c’est vrai que tout le monde écoute de la musique mais il y’a toujours des gens qui sont dans les bibliothèques et pourquoi oublier ceux-là et ne pas ramener ceux qui écoutent la musique vers les bibliothèques parce que c’est là que l’on s’éduque, s’informe mieux. Donc on met tout à notre avantage pour que le message puisse passer.

Votre relation avec le public ?

Ça fait toujours de bonheur quand tu passes dans la rue et que des gens te saluent avec des sourires. Des gens se lèvent des fois avec des problèmes ou des soucis et quand ils te voient,  ils sourissent. Cela veut dire que quelque part, c’est une thérapie que tu viens de leur imposer, c’est une joie que tu viens de leur donner au cœur. Et pour moi, c’est le premier gain qu’on a, la joie de ceux qui nous entourent.

En début de vos chansons, on écoute « Kaporal wisdom en featuring avec le Saint Esprit »

C’est une manière d’évangéliser au même moment à travers mes textes et quand je dis cela, il y’à même des musulmans qui le répète « en featuring avec le Saint Esprit ». Pour moi, c’est une manière d’évangéliser. Comme coïncidence cette année, mon anniversaire est tombé sur la fête de pentecôte. Je suis croyant, je suis chrétien.

Vous montez sur scène avec la queue de cheval, quel est le message ?

Je viens d’une famille royale et cela représente un symbole de notoriété. Le père de ma mère est un roi ainsi que le père de la mère de mon père. Je viens au moins de quatre royaumes différents et pour moi, c’est une manière de vendre l’Afrique. Je suis africain et ce sont les vrais patriotes qui tiennent souvent ça dans leurs mains, les nobles. Arriver à un certain moment, je me suis dit pourquoi ne pas vendre en même temps cette culture-là, le peu que j’ai eu à hériter de mes parents, des anciens qui m’ont coachés. Bref, c’est un symbole de royauté et de noblesse.

Quelle est la place de votre famille dans votre carrière ?

Je vais commencer par ma grand-mère. C’est elle qui imposait depuis le début de ma carrière, à mes parents quand ils n’étaient même pas encore à Lomé de venir assister à mes compétitions de danse. C’était bizarre, ils étaient les seuls parents qu’on voyait dans la foule. Ils quittent Aného (45 Km de Lomé) alors que dès fois, on finit très tard et ils doivent rentrer à la maison. Ma grand-mère exigeait à ce qu’ils soient là lors des compétitions, du coup c’est devenu une habitude qu’ils ont gardée. Ils l’ont gardée au fur et à mesure que j’évoluais. Au-delà de ma grand-mère et  ma mère qui a su m’orienter vers le slam, mon père n’a jamais cessé d’être à tous mes concerts jusqu’aujourd’hui et il est toujours là et me soutient beaucoup. Je me dis, si aujourd’hui j’arrive à avoir cette notoriété, c’est aussi grâce à la bénédiction familiale. Toute une famille qui est derrière et souhaite que je réussisse et que je sois un exemple aux autres. C’est aussi un appui pas possible, que j’ai et que je continue toujours par avoir.

Combien de singles et d’albums, avez-vous à votre actif ?

Les singles ? Je ne peux pas les compter mais l’album, c’est seulement 1. Il est sorti le 27 avril 2016 à Lomé. Le second est en cours. Les singles, il y en a pleins, plus d’une cinquantaine, voir une centaine. J’ai fait des featuring avec des artistes au Benin et  beaucoup de personnes. Certains sont déjà  lancés, et d’autres sont toujours en cours au Togo, au Burkina, au Benin.

Est-ce que vous arrivez à vous en sortir avec la musique ?

Je dirai en partie oui parce qu’aujourd’hui tout ce que j’ai, je l’ai grâce à la musique. Aujourd’hui, j’ai une femme, une famille que je nourris. Je travaille à la télé grâce au slam. J’ai eu à faire la communication à l’université que je n’ai pas terminée. Je voulais être journaliste mais j’ai quitté l’université à un certain moment mais  le slam m’a amené à la télé. Aujourd’hui, j’ai aussi mon shop de vente de T-shirt « Anyo shop ». Les gens viennent acheter parce que cela m’appartient. C’est le nom Wisdom qui vend. La musique me nourrit, même si ce n’est pas totalement ou directement.

Qui est votre modèle en matière de slam ?

En matière de slam, je n’ai pas de modèle parce que j’écoute rarement le slam. J’écoute plus les kery James, les musiques africaines etc. J’écoute rarement le slam parce qu’ à force d’écouter le slam, je serai obligé de faire comme certains. Quand tu écoutes leurs textes, tu vas te demander si ce n’est pas « Grand Corps malade ». Ils ont tellement écouté qu’ils sont obligés d’écrire comme lui. Pour éviter Cela, je préfère écouter un rappeur, ou quelqu’un qui fait de la musique africaine pour ramener en fait quelque chose de nouveau, sinon on risque de tourner en rond en faisant les mêmes choses à chaque fois avec les mêmes résultats. Moi personnellement, je peux poser sur n’importe quel beat. Je ne pose pas seulement sur les belles musiques, les berceuses. Je peux poser avec les rappeurs, avec quelqu’un qui fait du RNB ; ce qui m’a d’ailleurs facilité la tâche pour le son en hommage à papa wemba sur le titre « Yolélé » le jour de son décès. Il était décédé le matin et le soir j’ai sorti le son à 20 heures, 10 heures après son décès. Cela a été facile pour moi parce que je peux facilement poser sur le jazz, le rock, le Rn&B, le hip hop et surtout sur le reggae ; bref un peu de tout.

Kaporal wisdom a-t-il une philosophie de vie?

Ma philosophie de vie, c’est d’être une lumière pour les autres, pas forcément pour moi mais faire à ce que les autres puissent voir en moi leur porte de sortie donc être un exemple pour la société et pour la communauté. Tout ce que tu as à faire, il faut que tu penses aux autres d’abord avant toi-même. C’est la philosophie dans laquelle j’évolue.  Et chacun de mes textes avant de les écrire, je pense d’abord à mes petits frères,  mes petites sœurs et à mes enfants. C’est ce qui fait que certaines paroles ne seront jamais dans mes textes même si je pouvais les dire vulgairement en public. Je ne les mettrai jamais dans mes textes.  Je me dis un jour, il faudrait que j’aille dire à mon fils, va écouter cette chanson pour te corriger.

Des perspectives ?

Je prépare la deuxième édition du festival « demain il fera beau » qui va s’organiser bientôt avec le concours national de slam patriotique. Je pense qu’il faut qu’on commence à inculquer cette notion de citoyenneté à nos jeunes frères qui arrivent et même si le pays est un peu en crise, tout cela va passer mais qu’est-ce qu’on aura à garder entre nous en tant qu’humain ? Il faudrait qu’on développe ce côté humain là parce que moi je dis « la politique c’est un jeu, c’est pour les politiciens ». Et nous en tant que public, nous sommes obligés de se croiser chaque fois dans la rue. Le Président, le gouvernement, tout ce monde-là va changer même les opposants. Nous en tant que citoyen togolais quelle relation, on pourrait garder entre nous quand tout cela serait terminé. Il faut passer par la jeunesse pour parler à la jeunesse parce qu’aujourd’hui, ils sont déjà en train de partir. C’est la jeunesse qui vient.  Il faudrait qu’on prépare l’après nos pères.

Es ce que vous êtes engagés politiquement ?

Je crois que le seul endroit où je pourrais me prononcer, c’est juste dans les urnes et au-delà des urnes, je suis engagé sur le plan social. Mon engagement est plus social que politique. D’ailleurs, chaque rentrée scolaire, je fais des dons aux orphelins. La rentrée dernière, j’en ai fait à 180 orphelins de Lomé et  des villages. Je leur paie des fournitures scolaires et autres et pendant Noël, je choisi un village par hasard où ensemble avec mes amis, nous allons fêter Noël avec les enfants. On amène de la nourriture et autres.  Actuellement, c’est l’école primaire publique Bella Bello qui est une de nos cibles. Nous voulons la  rénover. On a déjà le plan, le budget et tout. Nous attendons juste le bon moment pour lancer la mobilisation pour la reconstruction de l’école et moi je crois que ce sont des actes qui vont pérenniser dans le temps.  L’engagement politique, c’est quelque chose qui est passagère donc  je préfère me mettre dans le social et d’aider plutôt que de dire, je suis de ce parti politique et je ne partage pas les mêmes idéologies avec tel parti. Je préfère travailler avec tout le monde donc je me tourne plus vers le social.

Qu’est-ce qui vous pousse vers ces actions humanitaires ?

Il faut dire que j’ai passé mon enfance dans des situations « bizarres ». Je ne suis pas né d’une famille riche. J’aurai pu continuer mes études si mes parents avaient les moyens. Pourtant, je n’ai pas été un mauvais élève. Au lycée, j’ai été l’un des meilleurs de ma promotion pour ne pas dire le meilleur de ma promotion à avoir le bac et arriver au campus ça devenait compliqué parce qu’on est devenu « le père de nos pères ». C’est compliqué de gérer les deux bouts et c’est ce qui m’a fait quitter les bancs. Si c’était difficile pour moi, je me demande comment les orphelins eux peuvent s’en sortir ?Je me dis  pourquoi ne pas être en quelque sorte leur parent et servir la nation parce que je dis un enfant qui va à l’école, c’est toute une nation qui décolle.

Est-ce que dans vos actions, vous avez des partenaires qui vous soutiennent ?

Il n’y a pas de partenaires. Les seuls partenaires que j’ai, c’est moi-même et Dieu. Et ce qui est étonnant, tu veux faire quelque chose avec le cœur et tu oublies que tu n’as pas les moyens. Tu le fais et c’est après que tu te rends compte que tu as dépensé des millions. C’est à cette étape que tu te demandes comment est-ce que j’ai pu avoir cela ?

Un mot à l’endroit de la jeunesse

A l’endroit de la jeunesse togolaise, j’aimerais dire que chacun puisse prendre ses responsabilités, travailler dure et n’attend personne. Car nous sommes l’avenir de cette nation et nous devons travailler dure pour réussir, être une génération courageuse et combattante.

 

Interview réalisée par Atha ASSAN et Germain Doubidji

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