Tuesday, 23 October 2018

D DEVELOPPEMENT

Thursday, 05 April 2018 18:22

Togo : Akpedze Rolande Konou, une jeune femme architecte-urbaniste qui défend les techniques durables

Rolande Konou est une jeune femme architecte-urbaniste au profil imposant. Elle est la responsable du cabinet d'études et de réalisations d'architectes AXE DURABLE Sarl. Associant les techniques durable, écologique, bioclimatique  à ses projets, la jeune femme architecte est l’auteur des grands ouvrages comme le parc urbain de la Place FAO et sa vitrine de produits locaux, la résidence GIDI à Sanguera, la médiathèque FAIEJ à Bè Klikame. Pour mieux comprendre sa démarche professionnelle exemplaire et originale, nous l’avons approchée. Dans cet entretien, elle nous parle entre autres de sa passion, son parcours, ses réalisations, les difficultés qu’elle  rencontre. Lecture :

Présentez-vous ?

Je me nomme Akuto Akpedze Rolande KONOU. Je suis Architecte - Urbaniste DEIAU (Diplôme d'Ecole Inter-Etats d'Architecture et d'Urbanisme) et inscrite au tableau de l'Ordre National des Architectes du Togo (ONAT) au numéro 118. Communicante et Entrepreneure Sociale et Tech, je suis CEO de Axe Durable et de AfriK Durabiliterre. Je passe ainsi, grâce à l'Incrée, la trentième mousson de mon existence. Après avoir travaillé pour plusieurs entreprises, j’ai créé grâce à mes fidèles collaborateurs ma propre boite  dénommée AXE DURABLE Sarl, un cabinet d'études et de réalisations d'architectes, d'urbanistes et de gestionnaires urbains, de génies civiles et de métiers connexes.

Dites-nous, qu’est ce qui justifie votre passion pour l’architecture, étant donné surtout que votre domaine est perçu comme un secteur réservé aux hommes ?

Déjà pour moi et depuis toute petite, il n’y a pas d'activité réservée à tel ou tel genre. Homme ou femme, on peut pratiquer tout métier, pour peu que les conditions intellectuelles, spirituelles et physiques le permettent. Ma passion pour à la fois  la science, la technique et les arts, aussi pour le bricolage en « laboratoire », m'ont guidée vers le choix de cette profession. On pourra dire aussi que le sens élevé de la curiosité, et le goût pour l'ordre autour de nous, et l'envie de prendre soin de l'humain, comme le fait un médecin, ont renforcé ma conviction de la vocation.

Architecte urbaniste, vous défendez les techniques de planification et d’aménagement au profit du développement durable des communautés. Expliquez-nous brièvement pourquoi ?

Le monde court à sa perte, si nous ne changeons pas d'habitudes de vie. Le taux d'urbanisation actuel dans le monde est de 3%, ce qui n’est pas négligeable et cela va en galopant, et encore plus dans les pays africains, avec comme corollaires, la pollution montante. Après le transport, le domaine de l'habitat est celui qui concourt le plus à la consommation de l'énergie, et au rejet d'éléments polluants dans l’atmosphère. Mon âme sensible m'a donc emmenée à m’intéresser au développement durable dès que j'en ai entendu parler, et à commencer par l'appliquer en veillant à prendre en compte les axes environnemental, socio-culturel et économique dans mes conceptions et réalisations. C'est ma façon à moi de contribuer, à travers ma profession à la diminution de la pollution, au développement économique et à la valorisation de la dignité humaine, d'où les techniques durable, écologique, bioclimatique, etc. introduites à mes projets. Mais il reste encore beaucoup à faire, pour sensibiliser la population et même les confrères et consœurs, sur l'importance de notre carte à jouer dans l'adaptation et l'attention des effets du changement climatique.

 

Parlez-nous alors de quelques-unes de vos réalisations ?

En architecture et design, mes réalisations vont des simples maisons individuelles, aux équipements tertiaires, en passant par les espaces socio-collectifs et le simple mobilier. Les plus visibles et qui ont mis un accent particulier sur le développement durable sont donc le parc urbain de la Place FAO et sa vitrine de produits locaux, à côté de l'hotel 2 Février et de la BCEAO à Lomé rue des médias, dont la réalisation en équipe est toujours en cours, la résidence GIDI à Sanguera, des propositions de projets immobiliers pour des Pays d'Afrique avec CITEALES, ma participation au programme de modernisation des écoles de formation professionnelles et techniques au Togo en termes d'infrastructures et de formation et financé par la KfW, la médiathèque FAIEJ à Bè Klikame, la réhabilitation du centre culturel American Corner au campus de l'Université de Lomé pour l'Ambassade des États Unis, la construction avec des associés, de l'Ecole Primaire Publique de Damadé dans la région des Plateaux pour les associations DEKA EWE de France et NEJ du Togo, la résidence de l'Ambassadeur du Ghana dans la cité OUA, et bientôt des projets culturels sur toute l'étendue du territoire, pour ne citer que ceux-là.

En Urbanisme, mes réalisations vont du travail sur le quartier à celui de la ville, puis sur le Pays entier.  Cela a commencé en 2013 avec mes recherches académiques qui ont abouti au document «ARTICULER PATRIMOINE LOCAL ET DEVELOPPEMENT URBAIN : Un pôle de compétence touristique autour du Mont Kloto à Kpalimé – TOGO », puis les études d'Urbanisme et d'habitat sur le Togo au cours du projet Vision Togo 2030 auquel j'ai eu l'opportunité de participer pleinement. Ce qui m’a d'ailleurs permis de co-écrire et de publier en 2016 l'ouvrage "L'envol de l'épervier, le défis de l'émergence togolaise", aux éditions Graines de Pensée. On peut aussi compter le projet pilote d'Ecovillages au Togo dans l'Avé, le PPAB (Programme Participatif d'Amélioration des Bidonvilles) à Lomé, Sokode et Cinkasse et actuellement le PSDL (Plan Stratégique de Développement Local du Canton) d'Akoumapé dans le Vo.
En plus de cela, je travaille sur un pack technologique comprenant AKBuilt, une application mobile de géolocalisation des matériaux locaux de construction dans nos pays, à commencer par le nôtre, et sur des solutions qui allégeront les problèmes fonciers au Togo. Mon thème de recherche scientifique porte d’ailleurs de manière générale sur la contribution du numérique à un urbanisme résilient dans les « pays du Sud ».  Tous ces projets portent plus ou moins l'empreinte écologique, à travers les approches d’analyse et de conception, le choix des matériaux à faible pression anthropique et des méthodes de réalisation les plus vivables possibles.

Dans l’exercice de votre métier, rencontrez-vous des difficultés liés à votre statut de femmes?

Et comment! (Rires). C'est bien dommage, mais réel ! Oui, en tant que femme, je subis parfois le désavantage d'être sous-estimée sur le plan professionnel, sans même que la personne ne me connaisse, pour le simple fait d’être femme. Il nous arrive aussi de devoir supporter les avances fréquentes de certains maîtres d'ouvrages. Mais personnellement, je m'en sors avec habileté et la plupart du temps la qualité du travail ou du service rendu témoigne lui-même à la fin du haricot, de mes compétences. A partir de là, les préjugés par rapport à la femme technicienne sont vite passés aux oubliettes, et on est même dorénavant mieux sollicitées et préférées même, car la dextérité féminine est estampillée de finesse, de goût et d’excellence.
Il est vrai que de par le caractère pluridisciplinaire du métier d’Architecte et d’Urbaniste, il implique à ce qu'on investisse beaucoup de force physique, surtout sur les chantiers.
Mais entre confrères et collaborateurs, la cohabitation ne souffre pas tant de discrimination. Ils sont d'ailleurs plutôt fiers de nous avoir comme collègues ; les miens me le disent souvent et je les en remercie d’ailleurs vivement ici encore!

Vous avez un parcours professionnel très impressionnant, pouvez-vous nous en parler brièvement?

Déjà en 2ème année d'université j’étais stagiaire assistant d'Architecte en un cabinet d'architecture et d'urbanisme, puis Architecte Chef projet, à  GIGA Solutions d'aménagement. J'ai ensuite eu l'occasion de travailler sur des projets en tant que consultante auprès du Ministère de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques, avec INADES Formation et le PNUD, avec RADI et ONU Habitat, et avec R-SUD et la GIZ.

J'ai aussi eu le privilège de travailler en tant qu'Architecte en chef pour l'agence franco-togolaise CITEALES du groupe Fedinter du grand Immobilier Éric DUVAL ; puis dernièrement de 2015 à 2017, à GFA GmbH, comme Architecte Experte Nationale et Chef Projet Adjointe sur le PAFPE (Programme de Formation Technique et Professionnelle et Emploi des Jeunes).

C'est après ces quelques 08 années d'acquis dans le domaine, que j'ai décidé d'autonomiser et de formaliser mes activités à travers ma propre boîte.

Parallèlement à tout cela, je suis dans l'enseignement depuis 2013 en Architecture, Urbanisme et Arts Plastiques à l'EAMAU où j'ai suivi mon cursus universitaire. J'y suis aussi dès Octobre 2017, Chercheur au Laboratoire "Architecture et Développement urbain".

 

Au delà de votre métier d’architecte, vous portez également d’autres casquettes…

Femme de média également, je suis membre de l'équipe du site d’information lfrii.com. Vous me verrez aussi présenter l’émission magazine-télé INNOVINSPIRE sur la chaîne web IN (www.in-channel.net) qui est une propre initiative. Sur le plan associatif, je travaille sur l'initiative "Jeune Architecte" Avec le CSO de l'ONAT. Je suis aussi Allumni YALI RLC, une initiative du président Obama pour promouvoir le leadership des jeunes dans l'entrepreneuriat, les politiques publiques et la société civile. Je suis membre active du Tiers-Lieu et fab-lab (laboratoire de fabrique d’innovations sociales) MINODOO.COM, et de l'incubateur AFRI TECH HUB (afritechhub.co). Je suis aussi membre des communautés Open Street Map et Open Data du Togo, et "contributeur" Google. Tout cet écosystème me permet de pratiquer ma seconde passion que sont les TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) afin de communiquer et d'emmener les citoyens sans distinction, à pouvoir utiliser le numérique pour trouver des solutions aux challenges du quotidien. Bref, nous contribuons de manière collaborative à démocratiser le numérique.

 En tant que femme, comment arrivez-vous à concilier la vie professionnelle et la vie privée ?

Il est tout à fait vrai, que ce n'est pas chose facile, d'être femme active, participant au développement du pays à l'extérieur de la maison, et d'être à la fois "exemplaire" sur le plan des exigences domestiques qu'impose l'imaginaire collectif, surtout dans nos cultures africaines. Un confrère me disait, que pour lui, « la femme idéale, ou complète, est celle qui réussit à la fois sur le plan professionnel, mais aussi son foyer ». Ce n'est pas du tout du couteau dans du beurre. Mais lorsque nous en prenons conscience, et avec une bonne organisation, on s'en sort. De toutes les manières, moi j'arrive à concilier pour le moment, par la grâce infinie de Dieu, et avec l’aide et la compréhension de mon entourage. C’est l’endroit de mon coup de cœur à mes parents et proches, qui me soutiennent dans ce combat non des moindres.

 Un conseil aux jeunes sœurs ?

 Osez ! Sortez de vos coquilles, car tout est possible à celui qui croit. Soyez vous-même, montrez-vous, mais dignement, positivement, de manière intègre, car ce que vous êtes capables de faire, les yeux n'ont point encore vu, les oreilles n'ont point encore entendu, c'est au-delà de l'entendement ! Ne vous comparez donc pas aux autres.

Il ne s'agit pas d'un combat avec le genre masculin, mais d'un combat avec vous-mêmes. Mais aussi et surtout, faisons ensemble ! Car ainsi, on est plus fort.

Interview réalisée par Hélène DOUBIDJI

 

 

Last modified on Friday, 06 April 2018 08:58

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