Wednesday, 13 November 2019

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Monday, 21 October 2019 14:21

Togo : Mme Adjoa AKAKPO est lauréate du prix mondial de l'entrepreneuriat rural

M. Elom Koffi Noutepe, Directeur exécutif de FONGTO remet le prix WWSF à Mme Adjo Akakpo, directrice de l'Ong La Colombe M. Elom Koffi Noutepe, Directeur exécutif de FONGTO remet le prix WWSF à Mme Adjo Akakpo, directrice de l'Ong La Colombe

Détermination, courage, abnégation, rigueur, ténacité sont entre autres les mots qu’utilisent ses proches collaborateurs lorsqu’ils parlent d’elle. Elle, c’est Mme Adjoa AKAPKO, Directrice de l’ONG La COLOMBE, basée à Vo Koutimé (environ 67, 6 km N E Lomé). La sexagénaire,  est lauréate du prix WWSF - Women’s World Summit Foundation (prix pour la créativité des femmes en milieu rurale), édition 2019. Togotopnews vous fait découvrir cette vaillante dame qui, le 15 octobre 2019 dernier, a reçu officiellement au Togo, son prix des mains de M. Elom Koffi Noutepe, Directeur exécutif de la Fédération des Organisations Non Gouvernementales au Togo (FONGTO). Une organisation qui a soutenu sa candidature.

Nous sommes un mardi à Vo Koutimé. Des vas-et-viens s’observent au Centre d’Autopromotion des Jeunes Filles (CAF), une construction de l’Ong La COLOMBE. Couturières, coiffeuses, cuisinières, jeunes filles et femmes entrepreneures de 3ème âge se sont mobilisées pour la rencontre. Les autorités traditionnelles, administratives et religieuses n’ont pas voulu se laisser conter l’évènement. Des bruits de tam-tams, chants de groupes folkloriques et animations diverses résonnent bien sous une tente dressée au cœur des nîmes, manguiers et autres arbres qui entourent joliment le lieu. Il ne restait qu’une seule personne pour commencer les choses. Soudain, une dame très élégante apparaît, bien habillée en pagne, les cheveux noués au même tissu que son habit. Des tonnerres d’applaudissements l’accueillent joyeusement. Il s’agit bel bien de Mme Adjoa AKAPKO. Elle allait  recevoir ce jour-là son prix.

Trois critères fondamentaux ont en effet permis à la directrice de l’ONG La Colombe d’être lauréate du prix WWSF. Il s’agit d’abord de son engagement social, sa préoccupation de l’avenir des jeunes filles en milieu rural et surtout l’innovation dans ses actions.

Mme Akapko (au centre)au cours des allocutions officielles

Mme Adjoa AKAPKO a abandonné l’enseignement  en 2000 pour se consacrer totalement au social. « Un domaine pas trop sécurisé parce que là vous ne savez pas quel jour vous avez le salaire et quel jour vous ne l’avez pas », a confié celle qui a donc quitté la sécurité pour l’insécurité. A travers le CAF, un centre d’apprentissage de métiers de couture, de coiffure et de cuisine créé en 1997, l’ONG la COLOMBE avec le leadership de sa directrice a formé et accompagné 700 jeunes filles dans l’installation de leurs micro entreprises. Une action qui a contribué, selon des témoignages, à freiner l’exode rural des jeunes filles de la préfecture de Vo vers Lomé et autres villes de la sous-région. L’autre innovation, c’est le Mouvement  « FIOSRON » (les épouses des chefs traditionnels) que l’ONG a lancé récemment pour que ces dernières puissent défendre le droit des femmes  et jeunes filles dans la localité. « C’est une opportunité pour qu’elles puissent jouer un autre rôle en dehors du rôle d’épouse et à qui des personnes vont venir se confier parce qu’elles sont des épouses des Chefs et très respectées. C’est un outil pour pouvoir réduire les violences à l’égard des femmes et des filles. », a souligné Mme Adjoa AKAPKO.

Pourquoi FONGTO a porté son choix sur Mme Adjoa AKAKPO pour postuler à ce prix ?

Créée depuis 1976, la Fédération des ONG du Togo (FONGTO) compte aujourd’hui 180 ONG. Elle regroupe des centaines de femmes en son sein qui pourraient peut-être valablement postulées. Si le choix est porté sur Mme Adjoa AKAPKO, cela a été bien réfléchi. « On a choisi Madame Akapko pour son abnégation et son travail. On la connait comme une femme de rigueur qui est toujours déterminée à réussir ce qu’elle entreprend », a confié M. Elom Koffi Noutepe, Directeur exécutif de FONGTO, après avoir remis publiquement le prix WWSF édition 2019 à la présidente de La COLOMBE. Des témoignages qui vont dans le même sens que ceux des collaborateurs directs de la lauréate et populations de la localité. Depuis 30 ans, la COLOMBE mène des actions en faveur des femmes, des jeunes filles et des enfants. « Des jeunes filles ont été entièrement transformées et sont autonomes aujourd’hui. Par des actions intégrées de scolarisation des enfants, de réinsertions scolaire et d’apprentissage, d’établissements des actes de naissance, d’appui aux parents en AGR,  3000 enfants ont été mis à l’abri de la traite, de l’exploitation, de l’analphabétisme et ont pu construit de façon responsable leur avenir », nous apprend Mme Atintho Kodjori, membre de la Colombe. Par le partenariat avec les radios rurales, poursuit-elle, la plupart des parents communiquent aujourd’hui librement avec leurs jeunes filles sur les questions liées à la santé de la reproduction et de la planification familiale. Aussi, accompagne-t-elle les femmes rurales à s’adapter aux effets de changements climatiques à travers des actions holistiques d’éducation environnementales. Par la conscientisation des femmes des chefs cantons, des chefs de village, garants des us et coutumes, les femmes ont hérité de la terre, des pratiques de rites de veuvages sont revues, les langues des femmes sont déliées, les dénonciations des cas de violences augmentent. Tout ce travail d’une trentaine d’années, souligne Mme Atintho Kodjori, a été réalisé sous le leadership de Mme AKAKPO Adjoa, Cofondatrice et Coordinatrice de la Colombe. « Il arrive à la colombe de tituber, de se courber, de se plier mais jamais elle ne se casse et c’est grâce à son courage et à sa ténacité, à sa force de caractère et au prix de milles sacrifices », a-t-elle précisé avec le regard tournée vers la lauréate.

 

Mme AKAKPO célebrée par sa communauté

De son côté, M. Laurent Nouwaba, un natif de la préfecture de Vo, a résumé le parcours de Mme  AKAKPO Adjoa dans la localité en trois mots : « Humilité, Courage, endurance ». Selon lui, « elle a transformé tout le village».

Pour sa part, GBLO Akossiwa Brigitte, une jeune dame, est très reconnaissante envers Mme Adjoa Akakpo. « Avec son projet, elle nous a aidé beaucoup dans la localité et particulièrement moi. J’ai vu beaucoup de changements dans ma vie. J’ai arrêté l’école en classe de 4ème pour cause de maladie mais quand on m’a informé de l’existence du CAF, je suis venue m’inscrire. Aujourd’hui mes camarades de classe ont évolué mais moi aussi. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai commencé par la coiffure et après la cuisine et l’agriculture. Aussi, ai-je appris beaucoup de choses sur les droits de l’Homme en général et ceux de la jeune fille en particulier. Ce qui fait qu’aujourd’hui personne ne peut bafouer mes droits. J’ai eu des connaissances en santé de reproduction et surtout en matière d’hygiène corporel, le vivre ensemble et comment bien éduquer les enfants. Je dispose aujourd’hui d’un terrain sur lequel je fais la culture du manioc. J’ai stocké la farine de manioc pendant six mois, après-vente cette année, j’ai eu comme profit 262000 FCFA. Je contribue énormément aux dépenses de la famille et je ne nourris d’aucune envie d’aller rester en ville », a-t-elle confié toute joyeuse.

Des conseils de Mme Akakpo Adjoa aux jeunes filles et femmes

En 1990, la directrice de la COLOMBE avait 30 ans quand elle s’est lancée dans cette aventure. « J’ai tenu trente ans plus tard toujours en se perfectionnant, en se donnant du courage et en étant motivé… », a-t-elle souligné avant d’encourager les jeunes filles à ne pas sauter. « Il faut poser un pas, ensuite un second et un troisième. On n’a pas à se presser mais il faut se dire qu’on doit faire les choses bien chaque fois. Penser à une amélioration. C’est en ce moment seulement qu’on n’est distingué et on fait la différence avec les autres », conseille la lauréate.

Des autorités à la cérémonie de remise de prix

Aux femmes, Mme Akakpo Adjoa propose de ne pas être trop complexées en laissant le devant des choses aux hommes. « Si la femme est en même temps éducatrice, médecin…il faut qu’elle se dise que sa place c’est devant. Quand un enfant a la fièvre la nuit, c’est la femme qui le constate en premier et se lève donc il ne faut pas qu’on soit complexé », a-t-elle recommandé.

Mme Adjoa Akapko en train de dire merci à l'assistance

Il faut noter que le Prix pour la créativité des femmes en milieu rurale est une initiative lancée en 1994 à Genève, en Suisse par la fondation FSMF/WWSF. Chaque année, sont sélectionnées, 10 candidates qui font preuve d’efforts courageux pour améliorer la qualité de vie dans les zones rurales, surmonter les obstacles, partager les défis et les connaissances, protéger l'environnement, réduire la violence domestique, préserver les enfants des abus, mobiliser la société civile, unir les femmes rurales du monde, et responsabiliser les gouvernements. A ce jour 452 lauréates dans plus de 140 pays ont été primées par la Fondation Sommet Mondial des Femmes (FSMF).

Atha ASSAN

 

Last modified on Tuesday, 22 October 2019 15:31

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