Wednesday, 23 January 2019

P POLITIQUE

Monday, 07 January 2019 08:59

Fubert Attisso dit haut ce que Fabre et Adjamagbo pensent bas

Fulbert Attisso, président de Togo Autreement et Brigitte Adjamagbo, coordinatrice de la coalition des 14 Fulbert Attisso, président de Togo Autreement et Brigitte Adjamagbo, coordinatrice de la coalition des 14

Cela n’arrive pas tous les jours dans le rang des politiques, faire une autocritique. Fulbert Attisso, président du parti « Togo Autrement », dans un message posté sur les réseaux sociaux relève les erreurs de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition dans la lutte démocratique au Togo. L’opposant dont le parti est membre du regroupement politique  a crevé l'abcès en ouvrant la boîte de Pandore. Lire l’intégralité du message.

Message de Fulbert Sassou ATTISSO, Président national du parti politique le Togo Autrement, aux forces démocratiques.*

Chers compatriotes, chers camarades de lutte, chers militants,

Nous voudrions vous présenter nos vœux de santé, de prospérité et de réussite, à l’orée de cette nouvelle année. Puisse cette année 2019 vous apporter le bonheur que vous souhaitez dans vos familles et dans notre cher pays le Togo.

Chacun de vous a pu assister aux derniers déroulements de l’actualité politique du pays avec l’organisation, le 20 décembre 2018, d’élections législatives unilatérales vis-à-vis desquelles les populations ont exprimé clairement leur hostilité. En dépit du désaveu une fois renouvelé au parti RPT-UNIR par les populations à travers ce scrutin, les forces démocratiques ne doivent pas occulter le fait que leur lutte a subi un revers. Si nous voulons tirer fierté du boycott massif des électeurs pour justifier notre lutte et parler de victoire des forces démocratiques, nous ne serions pas sincères et francs vis-à-vis de ceux qui croient en nous, mais surtout nous ne nous donnerions pas l’occasion de la remise en cause de la méthode et des stratégies qui ont été déployées sur les dernières périodes. Il ne s’agit pas de dire que la lutte populaire a échoué, loin s’en faut ! Elle est invincible et reste permanente jusqu’à la victoire des forces acquises à l’alternance et à la démocratisation du Togo. Il est plutôt question de soumettre à un bilan d’étape l’épisode de la lutte qui a débuté avec la dynamique du 19 août 2017 et la naissance de la coalition des 14 partis politiques de l'opposition (C14).

De tout temps et en tout lieu, les luttes connaissent des étapes et chacune d’elles porte des revendications spécifiques. Depuis plusieurs années, et surtout à partir de l’Accord Politique Global (APG) de 2006, la revendication principale des forces démocratiques reste les réformes politiques. La dynamique populaire du 19 août 2017 a précisé les réformes que le régime doit opérer. A ce jour, aucune de ces revendications n’est satisfaite malgré les immenses foules qui les ont portées. Comment mettre pratiquement tout le Togo et sa diaspora dans la rue et ne rien obtenir ? Surtout que les revendications que portent les manifestations sont justes et légitimes.  Il y a forcément une méthode et des stratégies qui n’ont pas bien fonctionné qu’il est important de questionner et de juger de la pertinence au regard des réalités de la politique togolaise, et surtout face à l’urgence de la relance de la lutte. Même s’il est connu de tous que le régime RPT-UNIR utilise les moyens d’Etat (les forces de défense et de sécurité, l’administration et les institutions, l’argent, la diplomatie, les services de renseignement, etc.) contre ses opposants et pour se conserver, il est difficile d’admettre qu’on ait pu mobiliser ce monde pour retourner à la case départ. La case départ ou l’éternel recommencement, ce sont les marches populaires avec lesquelles les forces démocratiques veulent renouer. Alors pourquoi les avoir suspendues au moment même où elles étaient à leur pinacle ? La promesse d’un 28ème dialogue politique, après l’échec de 27 tentatives, était-elle suffisante pour amener la C14 à accepter de rengainer pendant que le régime avançait dans l’organisation des élections législatives ?

Les erreurs politiques ne doivent pas nous amener à jeter le manche après la cognée ; au contraire, elles doivent nous instruire et nous éviter de les rééditer. Notre propos n’est pas celui d’un chef de parti politique qui fait le bilan de sa participation à une entreprise politique collective ; il n’est pas non plus celui de l’acteur qui tente de justifier sa position dans une situation d’enlisement. Notre posture est celle du combattant dont le souci est de contribuer, avec plus de marges de liberté, aux idées qui vont construire la nouvelle phase de la lutte. Notre démarche transcende toute vision partisane et s’inscrit dans la seule promotion de la lutte, et dans la volonté de la faire triompher.  En effet, une nouvelle phase de la lutte s’ouvre après les élections législatives du 20 décembre 2018. Elle doit rimer avec la remobilisation des populations sur toute l’étendue du territoire et en diaspora, avec la conviction que nous devons conclure la lutte au plus tard en 2020. Cette ambition de contribuer à la réalisation de l’alternance et du changement nous porte à proposer que les forces démocratiques acceptent de faire un aggiornamento. Dans le cas contraire, nous nous inscrivons une fois encore dans l’éternel recommencement.

D’entrée, nous devons nous interroger sur notre principal moyen de lutte : les marches. Nul ne peut contester la pertinence et l’efficacité des marches qui ont permis d’obtenir les libertés, les droits et tous les acquis démocratiques. D’autre part, il est avéré que les marches constituent le seul moyen politique qui secoue le régime et le contraint à octroyer les espaces démocratiques. Mais la question à laquelle les forces en lutte pour l’alternance ne se posent pas est celle de savoir  « que faire avec les marches ? » Si tout le monde est d’accord que la marche est un moyen, alors la marche à elle seule, faite d’un point A à un point B, ne fera pas partir le régime RPT-UNIR, même si elle draine des millions de Togolaises et de Togolais durant des années. Nous devons nous convaincre que la marche reste un moyen, et qu’après qu’elle ait rassemblé du monde et prouvé la légitimité des revendications des organisateurs et leur représentativité politique, il faut lui associer une option efficace.

La même question s’est posée sur les dernières périodes, et c’est faute de lui avoir trouvé une réponse que le régime RPT-UNIR a imposé aux forces démocratiques le dialogue. Acculé par les marches avec les innombrables foules qu’elles rassemblaient au Togo et dans la diaspora, M. Faure Gnassingbé est allé supplier ses homologues et amis de la CEDEAO qui ont réussi à amener la C14 dans un dialogue, un véritable marché de dupes. Tout le monde sait pourtant, et encore plus les acteurs politiques qui conduisent la lutte, que s’il est une option politique qui n’a jamais marché au Togo, c’est bien le dialogue. Mais, les responsables politiques l’ont acquiescé parce qu’ils n’avaient pas répondu à la question : « on fait quoi avec les marches ? ».

La nouvelle phase de la lutte que les forces démocratiques annoncent ne peut se dérober à cette question ; si les forces démocratiques lancent de nouvelles marches sans avoir répondu à cette interrogation, elles conduiront la lutte vers un nouvel échec. Nous ferons des marches qui vont rassembler du monde, sur ce point nul ne peut dire le contraire, d’autant que le désir d’alternance et de changement anime l’écrasante majorité du peuple. Mais, ces marches ne nous permettront pas d’atteindre les résultats attendus.

Nous avons choisi de prendre cette liberté de ton pour proposer une démarche, celle qui veut que le peuple soit son propre libérateur. Ce qui suppose que les partis politiques et la société civile se mettent dans les rôles d’éducateurs et de ceux qui créent le cadre de l’exercice de la souveraineté populaire. Pour ce faire, les forces démocratiques doivent réinvestir le terrain pour éduquer le peuple à la lutte non violente, à la résistance… bref, elles doivent expliquer au peuple ce que veut dire : « prendre ses responsabilités ». Depuis quelques années, la plupart des acteurs politiques comme de la société civile, dans leur discours, demandent aux populations de prendre leurs responsabilités. L’expression est devenue le leitmotiv des acteurs qui ne prennent jamais le temps de lui donner un contenu. Les militants de l’opposition savent qu’on leur demande de prendre leurs responsabilités, mais ils appréhendent mal ce en quoi consiste cette prise de responsabilité. Il est désormais temps que ceux qui pensent que le salut du peuple réside dans cette phrase - « prendre ses responsabilités » - aillent sur le terrain pour expliquer aux populations comment elles doivent prendre leurs responsabilités.

En effet, si les innombrables foules qui avaient manifesté avec conviction, et parfois jusqu’au sacrifice suprême, à l’appel de la C14, ont pris leurs responsabilités, le pays aurait été libéré. Les peuples d’autres pays n’ont pas atteint le degré de mobilisation des Togolais avant d’avoir pris leurs responsabilités. Au Togo, il y a une culture citoyenne qui manque et que l’éducation politique doit combler. Ce travail d’éducation doit précéder ou accompagner les marches populaires ; il doit aguerrir les populations et les tenir prêts pour les rassemblements décisifs.

L’autre propos de notre sortie est de donner notre conception du mouvement citoyen. Dans notre entendement, le mouvement citoyen ne doit pas consister à créer une structure unique qui rassemblerait la C14 et plusieurs autres organisations politiques et de la société civile. Une telle structure serait difficile à gérer, d’autant que chaque entité a sa spécificité et sa conception de la lutte. Déjà, il s’est avéré très difficile de coordonner 14 partis politiques (la C14) au sein de laquelle chacune des entités a ses principes de fonctionnement, son idéologie et sa compréhension de la lutte. Le mouvement citoyen doit être une dynamique tous azimuts de structures indépendantes qui agissent toutes dans la mobilisation avec la possibilité pour chacune d’elle de jouer sa partition dans la lutte. Une concertation peut s’établir entre les structures qui travaillent sur le terrain avec des passerelles qui leur permettent de se donner des informations pour agir en symbiose. Mais, une structure unique qui consisterait à élargir la C14 à d’autres forces politiques et de la société civile serait une machine trop lourde qui conduirait à des incompréhensions et à un échec certain.

Par ailleurs, les forces politiques et celles de la société civile qui travailleront pour faire aboutir la lutte populaire doivent se donner des principes. Il existe partout des principes qui guident toute lutte politique ; et ils sont : l’honnêteté, l’intégrité, le travail, la rigueur, etc. Au Togo, la lutte politique ne s’accommode pas beaucoup de ces principes sans lesquels la victoire est difficile, voire impossible. Toute lutte politique revêt un côté spirituel qui demande, si l’on veut avoir la faveur de la providence, qu’on affiche une intégrité à toute épreuve vis-à-vis de l’adversaire.

Au Togo, le régime RPT-UNIR possède une très grande capacité de corruption, d’autant qu’il dispose comme il veut des ressources financières de l’Etat. Ce régime a créé les conditions d’appauvrissement des acteurs qui s’opposent à lui, et quand les périodes de tensions arrivent il utilise les ressources de l’Etat pour les retourner ou édulcorer leurs revendications. Aussi, il utilise les ressources publiques pour se faire donner des informations par des acteurs se trouvant dans les structures en lutte contre lui. Ce double jeu de certains acteurs plombe la lutte et empêche l’alternance de devenir une réalité. La nouvelle phase de la lutte doit intégrer les principes inhérents à tout combat politique, et les acteurs dont la conception est d’accepter, directement ou par personne interposée des cadeaux de l’adversaire, surtout pendant les périodes de confrontations politiques, doivent être dénoncés et voués au mépris public.

Notre lutte politique qui dure des décennies, avec son cortège de souffrances qu’elle impose aux populations, peut l’emporter sur la ténacité de nos adversaires si nous décidons de changer nous-mêmes, avant de vouloir changer le pays. Nous ne pouvons pas faire triompher nos idéaux si nous portons les mêmes tares que nos adversaires, et si notre lutte se résume à « ôtez-vous du pouvoir pour que nous nous y portions ». Quand nous aurons montré que nous sommes différents, que nous portons des valeurs de progrès et de modernité, il nous suffira d’avoir une bonne organisation, un cap et des stratégies nouvelles, pour vaincre, car la lutte populaire est invincible.

Fait à Lomé le 05 janvier 2019

Last modified on Monday, 07 January 2019 09:11

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