Tuesday, 12 December 2017

P POLITIQUE

Wednesday, 15 November 2017 18:42

CHRONIQUE POLITIQUE DE Firmin Teko-Agbo : Une Opposition bien hétérogène, frein à l’alternance politique au Togo ?

Tout le monde le sait. Le Régime en place conserve bien son Pouvoir. Et Tout est bien homogène et bien soudé autour du Chef. Quiconque a le Pouvoir est porté à en abuser et à le conserver pour longtemps. Montesquieu. On ne scie pas l’arbre sur lequel on est assis. Tout naturellement. Dans l’autre camp, l’histoire influence beaucoup plus. Et la classe politique de l’Opposition profite de son hétérogénéité pour renforcer le Régime en place et lui permettre de durer le plus longtemps possible au Pouvoir. L’Histoire ne le démontre-t-elle pas ?

 

Cette chronique n’a rien à voir avec le tribalisme.  Sérieux.  Elle a juste pour ambition de montrer une certaine corrélation entre l’histoire des Peuples du Nord et des Peuples du sud et la Politique. Suivons !

                          Homogénéité des Peuples du Nord, un atout pour le Régime.

L’histoire a prouvé que les peuples du Nord sont beaucoup plus homogènes que les Peuples du Sud. Le Général Eyadéma en arrivant au Pouvoir a bien profité de cet aspect et construit autour de lui un Régime fort. L’évolution de la situation socio-politique et la légèreté de certaines actions de l’Opposition lui ont permis  d’avoir une certaine marge de manœuvre pour placer ses frères du Nord à des postes stratégiques du pays (armée, administration, société d’Etat….). Au Nord, on soutient sans condition. On trahit peu. On suit strictement l’orientation du chef. On exécute avant toutes murmures.  On peut murmurer mais difficile de se désolidariser du Chef, ou de le planter ou de le laisser seul en chemin.  Tous ceux du Sud que le Régime a coptés ont aussi copié l’habitude de  la maison pour rester soudés autour du Chef. Tout le monde maitrise à peu près le sort qui a été réservé à  ceux qui ont  essayé d’une manière ou d’une autre de trahir le Régime à un moment donné. Taisons les noms.

                                  Hétérogénéité des Peuples du sud

                                        Brève histoire.

Au Sud, la donne s’énonce autrement.  Les choses sont bien multiples. Il y a ceux appelés les Guins qui sont au niveau de la Cote. Ils sont riches. De grands commerçants. Ils ont eu à traiter avec les Blancs.  Il y a aussi les peuples qui sont venus de Elmina, spécialisés dans la vente d’esclaves. Il y a les Ewés du sud-Est et les Ewe du Sud-Ouest.

                                      Sur le plan Politique

 Ceux qui ont eu à côtoyer les Blancs au niveau de la Cote dominent sur le plan politique. Ils ont de l’argent. Les Sylavnus Olympio et Grunitzki en sont une parfaite illustration. Il y a aussi les Ewe du sud-Ouest qui ont eu à traiter avec les Allemands.   Cela a engendré des cadres dans cette localité et dans les  Plateaux. Les Edem Kodjo et autres.  Le Général Eyadéma a été un fin stratège en faisant de Kpalimé une des villes importantes de sa politique. L’appel du 30 Aout.  Les Plateaux lui ont toujours été chers. Et la plupart des premiers Ministres viennent du sud-Ouest et des Plateaux.

                       Hétérogénéité de l’Opposition, un des meilleurs obstacles à l’alternance politique au Togo.

 Le Constat au niveau de toutes ces entités, c’est qu’elles sont très opposées entre elles. Les Politiciens n’arrivent pas à se soutenir, ni à s’accorder sur l’essentiel. La plupart de ceux que Sylvanus Olympio (ancien président du Togo) a fait arrêter  et enfermer étaient ses propres frères du Sud. Lorsqu’il s’agit de s’accorder sur l’essentiel, on s’éclate, on se désolidarise. Et on fait le jeu du Régime, on l’aide à s’installer davantage. L’histoire nous édifie mieux.

                                         Cas Joseph Kokou Koffigoh.  

 Tout le monde s’était accordé sur l’élection de Me Koffigoh comme Premier Ministre. Juste au lendemain de son élection, ses propres frères du Sud ont commencé par le combattre. Ils se sont désolidarisés de lui. Un an après son élection, certains de ses frères seraient allés chez le Général-Président pour qu’il limoge son Premier-Ministre. Koffigoh n’a plus personne derrière lui. Il est devenu une feuille d’arbre. Eyadéma le récupère et le reconduit. L’Opposition plus que jamais fragilisée. Le Général reprend le dessus.  Si Me Koffigoh avait ses frères derrière lui comme soutien, cela allait fragiliser le Régime et affaiblir définitivement le Président de la République. Et l’alternance alternance allait être rendue possible.

                                       1993, cas Edem Kodjo.

 Cette année 93, le Togo organise sa première élection présidentielle de la IV République. La France avait deux Chouchous. Le Président sortant et Edem Kodjo, candidat de l’Opposition. L’opposition au départ avait choisi Edem Kodjo comme Candidat unique. Il aurait vendu une de ses maisons en France. Il avait de l’argent, sa campagne était bien juteuse. Il rivalisait bien le Général. Des jours plus tard, Me Yawovi Agboyibor décide aussi de se présenter à cette même élection alors que c’était Kodjo qui avait été choisi. L’ancien Secrétaire Général de l’OUA se fâche et se retire de la course.  Gilchrist Olympio qui dit qu’il préfèrerait le Général-Président à Edem Kodjo. Me Agboyibor critiqué, annonce aussi son retrait.  Encore un moment crucial pour avoir l’alternance. C’est le moment où on se désolidarise plus du frère du sud.   Le président sortant se retrouve devant un terrain fertile et vide. il peut créer son opposition s’il le veut bien. Quelques légers opposants dont Jacques Amouzou se positionnent. Le Général les bat sans réserve. Plus de 80% des suffrages exprimés. L’Opposition vient encore de remettre le Pouvoir au Général. Alternance perdue.  

                                             1994. Elections législatives.

 Me Agboyibor et Edem Kodjo se retrouvent au-devant de la scène. Les deux veulent être premiers Ministres au lendemain des législatives. Le Général-Président nomme Kodjo premier Ministre. L’Avocat Agboyibor qui avait la possibilité d’être Président de l’Assemblée nationale se fâche adopte la politique de la chaise vide  à l’Assemblée nationale et se désolidarise de son « frère » Edem. On traite Kodjo de vendu et d’orgueilleux. Le terrain encore bien balisé et bien simple pour le président. Kodjo lâché par ses propres « frères » en ce moment si crucial, se retrouve affaibli. Eyadéma s’en aperçoit et le récupère.  Au moment où il faut faire front commun pour faire face au Régime, l’Opposition s’éclate. Son hétérogénéité prend le dessus. Ils sont tous du Sud, Kodjo et Agboyibor. L’un du sud-Ouest et l’autre du sud-Est. Les autres entités aussi sont là. « La guerre » est profonde.  Le Général reprend le dessus. L’Opposition fait perdre encore Tout espoir à l’alternance.  

                                               2006. Dialogue inter-Togolais.  

 Au lendemain de la signature de L’Accord politique, le gouvernement d’Union nationale qui serait formé devrait être dirigé par un Premier Ministre issu de l’Opposition. L’opposition parlait presque le même langage. Me Yaovi Agboyibor nommé premier Ministre. Gilchrist Olympio le leader de l’UFC déclare sur RFI « Nous n’allons pas collaborer avec les partis satelites du RPT ». Gilchrist Olympio, opposant historique, poids lourd de l’Opposition lâche le nouveau premier Ministre. Le Sudiste lâche encore son propre « frère ». ça n’arrive toujours pas à coller au Sud surtout devant des situations cruciales. Agboyibor se retrouve sans aucun poids lourd derrière lui. UFC et autres le vilipendent. Le Régime le trouve faible. Il ne peut en aucun cas contribuer à l’opérationnalisation des réformes. Il n’a aucun poids pour faire une quelconque pression sur qui que ce soit. L’UFC aurait participé à ce Gouvernement,  les réformes auraient peut-être été faites entre 2006 et 2008. Agboyibor et son parti affaiblis, le CAR n’obtient que 4 députés aux législatives de 2007. L’Opposition fait perdre encore tout espoir à l’alternance. Le Régime reprend le dessus.  L’hétérogénéité gâche toujours tout.

                                        2010. Gilchrist Olympio et Accord historique UFC/RPT

 Ses propres lieutenants ont participé à toutes les rencontres devant aboutir à la signature de l’Accord historique. Que ce soit à Accra, ou à Paris ou à Saint Egidio, ils ont tous été présents. Mais moment décisif, au moment où il faut s’accorder  sur l’essentiel pour signer l’Accord avec le Régime, ses Lieutenants le lâchent et le vilipendent. Gilchrist Olympio, l’emblématique opposant, l’Opposant le plus populaire dans l’histoire du Togo, le seul qui a fait trembler Eyadéma et tout son Régime n’a plus personne derrière lui. Il se retrouve seul. Popularité effritée. Le Régime n’a plus de pression  pour exécuter les clauses du nouveau Contrat. Or l’Accord proposait un partage du Pouvoir. Un bon texte pour renégocier l’avenir politique du Togo.  Les lieutenants et les autres poids lourds de l’Opposition seraient avec lui, le Régime serait sous pression et respecterait une grande partie de cet accord. Les choses seraient actuellement entrain de se déverrouiller. L’Opposition vient encore de rater la possibilité à l’accession à l’alternance.  Olympio affaibli, le Pouvoir reprend tout. Faure Gnassingbé le Président de la République reprend le dessus. L’hétérogénéité a encore parlé.

                                        2012. CST(Collectif Sauvons le Togo) en marche.

Création du CST. Collectif de partis politiques et d’organisations de la société civile. Ici, voix plus que jamais discordantes.  Au temps chaud des manifestations, d’aucuns acceptent dialoguer avec le Pouvoir. D’autres pour le départ immédiat du Chef de l’Etat du Pouvoir. La situation se complique et le Régime reprend le dessus.

De tous ces cas cités, il est à comprendre aisément que l’Opposition avait la possibilité de faire bouger les lignes, de faire changer les choses, de contribuer à l’alternance politique. Mais elle ne l’a pas fait. Elle s’est beaucoup plus livrée à ses petites attitudes, à l’activisme politique.

 Les voix discordantes qui s’élèvent aujourd’hui au sein de l’Opposition Togolaise ne devraient surprendre personne. C’est une Opposition bien hétérogène. Elle ne répète que sa propre histoire, l’histoire du passé. L’Opposition Togolaise n’arrive toujours pas à s’accorder sur l’essentiel. D’aucuns vont proposer ou accepter aller dialoguer avec le Pouvoir, d’autres vont toujours réclamer le départ du Président élu et légitimé par eux-mêmes du Pouvoir.  Trop d’Oppositions dans l’Opposition Togolaise.

Une Opposition qui facilite tout au Régime en place. Une Opposition qui  travaille sciemment au maintien du Régime en place. Une Opposition qui fait allègrement le jeu du Régime. Une opposition qui n’arrive pas à s’accorder sur des points à discuter au dialogue prochain. Une Opposition qui se divise devant des émissaires. Une Opposition qui veut demeurer Opposition

Bravo ! 

                                                                        Firmin Teko-Agbo, Journaliste-Chroniqueur Politique 

Last modified on Wednesday, 15 November 2017 18:47

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