Tuesday, 13 November 2018

R REPORTAGES ET DOSSIERS

Monday, 29 October 2018 19:31

Togo : des grossesses précoces explosent en milieu scolaire

Une grossesse Une grossesse Photo crédit : Republicoftogo

On ne le dira jamais assez. Les grossesses précoces et non-désirées sont légions dans les établissements scolaires au Togo malgré des séances de sensibilisation organisées ici et là. Une situation déplorable aux conséquences incalculables.

Selon l’hebdomadaire Togolais, « Courrier de la République », deux établissements scolaires dans une ville (Sotouboua) de la région centrale au Togo ont battu le record pour la rentrée 2017-2018. Dans les deux écoles, 128 cas de grossesses sont enregistrés courant  l’année scolaire 2017-2018. Soit 55 filles au Lycée Sotouboua Ville I et 73 au CEG ville III. Pour sa part, le journal « Togo Réveil », dans sa parution n°141 révèle qu’au cours de l’année scolaire 2012-2013, 6000 grossesses précoces ont été enregistrées en milieu scolaire au Togo. Des chiffres alarmants qui interpellent plus d’un.

Les conséquences des grossesses précoces

La déscolarisation est la première conséquence des grossesses en milieu scolaire. D’après une étude menée par Plan International, 58 % des filles ne retournent jamais ou rarement à l’école après avoir eu un enfant.

Les grossesses précoces constituent avant tout des risques pour la santé. Elles sont très dangereuses aussi bien pour la mère que pour l’enfant. Selon un rapport de Plan International, chaque jour, 194 filles meurent des suites d’une grossesse précoce. «  Les grossesses précoces sont la première cause de mortalité chez les 15 à 19 ans, et la première cause de mortalité infantile. Ces décès sont généralement causés par le manque de centres de santé pour suivre ces grossesses à risque, ou d’argent pour y accéder », souligne le rapport. A cela s’ajoutent des avortements clandestins occasionnant des pertes en vies humaines.

Aussi, maintiennent-elles les filles dans leur statut inférieur à l'homme et ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté. Il s'agit d'une situation injuste et d'un énorme potentiel perdu pour le développement de la communauté et du pays.

L’État doit jouer pleinement sa carte

Ils sont nombreux les engagements pris par l’Etat togolais pour en finir avec les grossesses en milieu scolaire et améliorer en général la santé sexuelle et reproductive des jeunes et adolescents.

Selon le président des Jeunes Ambassadeurs SR/PF-Togo, Isidore Difa Kuessan, si des cas de grossesses précoces s’observent de nos jours à l’école, cela est  dû à l'insuffisance de la mise en œuvre des engagements pris, à Maputo, dans le cadre du Partenariat de Ouagadougou et l'initiative FP2020 notamment : « l'amélioration de l'accès  des adolescents et des jeunes aux services de santé sexuelle et de reproduction (SSR), des mesures incitatives (renforcer la communication pour le changement de comportement ...), l'éducation sexuelle complète à l'école, la mise en place et le renforcement des infirmeries scolaires et des centres conviviaux intégrés des services SSR ».

 

Amener les prestataires des formations sanitaires à réserver un accueil favorable aux jeunes

 

Ils sont toujours réticents envers les jeunes sur les questions des méthodes contraceptives. Des infirmières  et infirmiers, surtout d’Etat, n’arrivent pas à se libérer du poids de la tradition. L’accueil réservé aux jeunes  et surtout aux jeunes filles n’est pas du tout amical. Anita, âgée de 16 ans et élève en classe de Seconde A4 raconte : « Un vendredi soir,  je suis passée dans un dispensaire pour avoir des informations sur les méthodes contraceptives. J’ai un petit ami, nous aimons bien faire des rapports sexuels mais je ne veux pas tomber enceinte pour arrêter les études. La dame ( infirmière) me demande ce que je veux. Je lui ai répondu que je veux adopter une méthode contraceptive. Elle me regarde pendant une minute et me demande si je suis avec mes parents. J’ai dit oui et elle me dit que les méthodes contraceptives ne sont pas faites pour les élèves, c’est pour ceux qui sont en couple. Je suis partie très frustrée ».

De son côté, Cécile, une fille qui a arrêté les études à l’âge de 17 ans pour cause de grossesse, regrette de n’avoir pas maitrisée les méthodes contraceptives. « Si j’avais eu connaissance approfondie des méthodes contraceptives, peux-t-être que je n’allais pas tomber enceinte en pleine étude », confie l’élève devenue revendeuse au marché du Village Datcha-Atikpayi (plus de 130 km Nord Lomé).

 

De la nécessité d’étendre la Distribution à Base Communautaires (DBC) à toutes les localités du Togo

 

Des villages du Togo profond manquent de centre de santé, même ceux qui en disposent ne sont pas outillés pour aborder des questions liées à la santé sexuelle et reproductive. Toutefois, certaines organisations de la société civile à l’instar de l’Association Togolaise pour le Bien-Etre Familial (ATBEF)  font un effort dans ce sens. L’ATBEF appui des Agents de santé communautaire en intrants PF dans huit districts sanitaires du Togo sur le projet de Distribution à Base Communautaire des produits contraceptifs(DBC). Un projet qui amène les hommes et femmes à comprendre la nécessité d’adopter les méthodes contraceptives. Cette structure peut faire d’avantage et surtout avec l’appui de l’Etat, en étendant la DBC à tous  les  districts sanitaires du pays tout en impliquant parents, enseignants et élèves dans le processus.

 

La disponibilité en permanence de toutes les méthodes contraceptives dans les centres de santé et centres de jeunes

 

Au cours d’un atelier sur le plaidoyer (Approche Smart AFP) les 15, 16, 17 et 18 octobre 2018, à Lomé, des responsables des OSC membres du Réseau des Organisations de la Société Civile Intervenants dans la Planification Familiale et Santé de Reproduction (ROSCI-SR/PF Togo) ont fait savoir qu’il y a ruptures fréquentes au niveau de l’approvisionnement des intrants PF. « Les commandes sont souvent faites de façon groupée pour limiter les coûts de transport. Ce qui fait que lorsqu’une des méthodes manque, l’on doit attendre que les autres aussi en finissent pour effectuer une nouvelle commande », confie un point focal PF venu de l’intérieur du pays.

Les OSC doivent plaider pour agir sur la chaîne d’approvisionnement afin que tous les méthodes contraceptives soient disponibles à tout moment et en tout lieu à travers l’entendue du territoire. Aussi, urge-t-il de former les agents de la Division Santé Maternelle et Infantile (DSMI) qui prennent en charge les produits contraceptifs, en logistique et gestion des stocks.

 

 L’Etat, ne peut pas y arriver seul

 

Même si c’est l’Etat qui définit les grandes orientations, les OSC doivent continuer à jouer leur rôle de veille. Elles doivent poursuivre les actions de plaidoyer auprès des autorités gouvernementales pour le respect des engagements pris en matière de la planification familiale et surtout arriver à l’instauration effective de l’Education Sexuelle Complète dans le système éducative au Togo. Aussi, doivent-elles étendre leurs actions vers les villages les plus reculés du pays.

Parents, enseignants et professionnels de médias ont également un rôle capital à jouer.

Par ailleurs, dans une interview accordée à Togotopnews sur le sujet, Mme Michèle Noussoessi Aguey, Secrétaire Générale du Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D), appelle chaque entité de la société à faire sa part. Lire l’intégralité de l’interview.

 

Interview à Michèle Aguey sur l'explosion du taux de grossesses à l'école: " la faute est à vous, à moi"

 

Des cas alarmants de grossesses précoces en milieu scolaire, à qui la faute ?

Quand on se retrouve dans un système éducatif et qu’il y a 128 cas de grossesses dans deux établissements scolaires, je dis que la faute est à vous, à moi. C’est à la société en général parce que d’abord quand je me situe dans la sphère familiale, les parents ont l’obligation de pouvoir éduquer leurs enfants, de leur donner une base, une éducation solide qui leur permettra de pouvoir faire face à ce problème-là.Quand on éduque son enfant à la maison, on lui fait comprendre que quand tu vas à l’école il faut à un moment donné mettre l’accent sur l’éducation que tu vas recevoir que de s’adonner à des relations sexuelles.

Maintenant si la fille a l’âge d’avoir des relations sexuelles, il faudra que les parents  puissent avoir le courage de pouvoir parler d’éducation sexuelle avec leurs enfants, aborder un certain nombre de questions que nous considérons comme tabou dans nos sociétés notamment la question de la planification familiale, la protection des enfants en matière de la santé sexuelle et reproductive. Et au-delà de cela quand je sors de la sphère familiale, je m’intéresse au système éducatif même. Je me dis que ce sont des enfants qui sont encadrés par des enseignants et quand dans un établissement on se retrouve avec plus de 50 cas de grossesses précoces, il y a un problème qui se pose. Quel est le suivi que ces enseignants-là font des enfants ? Qu’est-ce qu’on leurs éduque ? Parce-que les enseignants également ont ce travail de suivi-éducation des enfants. Donc il y a quelle que part un problème.

On sait bien peut-être que parmi ces cas de grossesses, on va trouver des auteurs qui sont des élèves, des enseignants et d’autres personnes en dehors du milieu scolaire qui sont également  auteurs de ces grossesses. Aussi, j’indexe un peu toute la société ; vous hommes de médias et nous de société civile qui avons également un rôle d’éducation à l’endroit de la société. Qu’est-ce que nous avons fait. ? Avons-nous joué réellement notre rôle ?  Au niveau de vous professionnels de médias, est-ce que vous avez des émissions en direction de ces jeunes-là ? Les sensibiliser sur les dangers des grossesses précoces ? Au-delà des cas de grossesses, on peut trouver des maladies comme des  Infections Sexuellement Transmissibles (IST) qui doivent pulluler dans ces milieux-là  ainsi que d’autres fléaux qui portent atteintes à l’éducation de ces jeunes.

On sait que souvent dans ces genres de situations, ce sont les jeunes filles qui portent le lourd fardeau, quels conseils avez-vous à leur égard ?

Aujourd’hui, on sait que sans l’éducation on n’a pas un avenir radieux, sans un minimum de bagage intellectuel on ne peut pas penser occuper une position dans la société. Donc il faut que les jeunes filles puissent penser d’abord à elles-mêmes, à leur avenir. Vos parents vous ont envoyé à l’école pour que vous puissiez aller apprendre, vous formez pour être des leaders de demain.  Aujourd’hui, vous vous donnez à des pratiques sexuelles qui portent atteintes à votre avenir. Il faut que les jeunes filles prennent conscience de cela.

Même si on permet de nos jours à une fille enceinte de poursuivre facilement ses études si elle-même se sent capable de le faire jusqu’à son accouchement ; à un moment donné vous avez un enfant, il faut au moins pour les premiers mois de cet enfant-là que vous puissiez rester avec lui alors que pendant ce temps-là les autres continuent et c’est votre avenir qui est en danger. Il faut que les jeunes filles puissent prendre conscience de cela. Ce qui est bien quand on est jeune, c’est de s’abstenir des relations sexuelles.

Maintenant si vous ne pouvez pas ; quand vous allez faire des relations sexuelles, cherchez des moyens de protection. Il y a plusieurs associations, plusieurs structures et même dans le système médical d’une manière générale il y a des mécanismes qui sont mis en place pour pouvoir conseiller les jeunes filles en matière de santé sexuelle et reproductive. Allez vers ces structures-là pour avoir des conseils et éviter de tomber enceinte précocement. Vous êtes enfants et vous avez des enfants. Déjà votre propre éducation n’est pas encore finie comment est-ce que vous pouvez éduquer  un enfant à l’avenir. C’est tout un problème.

                                                                                                 les produits de la contraception

 

Bientôt la rentrée scolaire 2018-2019, qu’est-ce que le GF2D compte faire pour réduire un tant soit peu la situation ? Rappelez-nous aussi ce que vous avez déjà fait en ce sens ?

Au GF2D, ce que nous faisons, c’est la sensibilisation. Nous sensibilisons les jeunes d’une manière générale pour qu’on puisse faire plus attention à cette question de santé sexuelle et reproductive. C‘est vrai que nous avons un programme beaucoup plus spécifique dans la région maritime essentiellement dans la préfecture de Zio et nous pensons étendre nos actions cette année  à la préfecture des lacs où nous accompagnons beaucoup plus les jeunes filles pour qu’elles puissent prendre conscience de ces questions de mariage précoces qui constituent un frein à leur autonomisation. Nous avons essayé de former un groupe de jeunes filles et de jeunes garçons pour pouvoir faire l’éducation des pairs sur les questions de santé sexuelle et reproductive, grossesses précoces et violences basées sur le genre.

Cette situation dans la région centrale nous interpelle tous. A notre niveau, nous allons voir comment toucher beaucoup plus cette région-là et peut-être aussi d’autres régions par des activités de sensibilisation avant de voir dans quelle mesure mettre en place un programme beaucoup plus conséquent dans ces régions-là.

Peut-on dire que l’avènement des réseaux sociaux a contribué également à l’amplification de la situation ?

Je me dis que peut-être l’avènement des réseaux sociaux facilite les choses mais nous pouvons également utiliser ces réseaux sociaux pour pouvoir  sensibiliser et attirer l’attention des jeunes sur ces dangers-là également. Nous pouvons utiliser les réseaux sociaux plutôt comme un atout pour véhiculer un certain nombre de messages. Montrer à travers les réseaux sociaux le danger de la grossesse précoce ainsi que les possibilités de protection de ces jeunes-là contre ces fléaux qui nuisent à leur éducation.

Votre mot de la fin ?

Il faudrait rencontrer la direction régionale de l’éducation au niveau de la région centrale pour vérifier la véracité de ces chiffres qui sont en train de circuler et voir ce que nous pouvons faire d’une façon générale pour l’éducation de ces jeunes.

Interview réalisée par Atha Assan

 

Last modified on Monday, 29 October 2018 19:42

Leave a comment

Make sure you enter all the required information, indicated by an asterisk (*). HTML code is not allowed.

Togotopnews, le top de l'actualité Togolaise

Tel:

00228 91 90 30 65
00228 97 15 64 47

Facebook