Sunday, 17 November 2019

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Wednesday, 24 July 2019 23:06

Le manque de sages-femmes accentue les décès maternels et néonatals au Togo

Le manque de sages-femmes accentue les décès maternels et néonatals au Togo Photo crédit : UN News

(Dossier)

Elles sont régulièrement au chevet des femmes enceintes avant, pendant et après l’accouchement. Elles, ce sont les sages-femmes. Ces dernières, dans leurs tâches, ont l’obligation de sauver au moins deux vies : celle de la femme enceinte et du ou des bébé (s). Une mission qui non seulement a besoin de matériel adéquat mais aussi d’effectif requis.

Selon une étude bilan de mise en œuvre des ODD 3 et 5 au Togo, il ressort qu’en 2017, le pays a enregistré 294 décès maternels et 1446 décès néonatals contre respectivement 245 et 1 569 en 2016.  L’analyse des rapports d’audit a montré que « plus de 80 % des décès maternels sont dues aux causes obstétricales directes (Hémorragie, Anémie décompensée, Pré éclampsie IVG, Infections). Les décès maternels surviennent chez les femmes entre 20 et 34 ans, en per et post-partum immédiat (38%) ». Selon le rapport de 2018, le Togo a connu 325 décès maternels pour 1299 décès néonatals pour le compte de l’année 2018. Pour ce qui concerne des accouchements, le taux d’accouchement assisté par un personnel qualifié a connu une baisse passant de 52,0% en 2016 à 40% en 2017 pour une cible de 66%. Selon les données de l’EDST III, ce taux est de 61,50% en 2014. Cette proportion est de 84,77% en 2018. Ces différents chiffres démontrent que les signaux sont loin d’être au vert.

La situation est en partie liée au nombre insuffisant de sages-femmes dans les maternités, selon la présidente de l’Association des Sages-femmes du Togo (ASAFETO), Mme ADANDOGOU Adjowa Héloïse.

« Le personnel de la santé en charge du suivi de la grossesse, c’est la sage-femme. Quand une femme a besoin de services pendant l’accouchement pour qu’elle s’en sorte vivante avec un enfant vivant, ce sont les services de sages-femmes qui sont encore sollicités. Hors, malheureusement dans les  maternités des formations sanitaires publiques, la catégorie de personnel qui manquent c’est encore les sages-femmes », relève-t-elle. D’après les études, souligne la Cheffe des sages-femmes, il ressort que dans les deux cas (mortalités maternelles et néonatales), c’est en per et post natal que cela adviennent. « Dans les SONU (Soins Obstétricaux et Néonataux d’Urgence), pour prendre en charge les complications en per natal, ce sont les sages-femmes et les normes internationales préconisent au moins trois sages-femmes dans ces sites pour leur permettre de répondre à leur vocation de soins disponibles 24h/24 ; 7j/7. On n’est loin, au Togo, d’atteindre trois sages-femmes par site SONU ; on est à deux ou à un par endroit », renseigne Mme ADANDOGOU Adjowa Heloise.

Au même moment, affirme la présidente de l’ASAFETO, « les deux écoles qui existaient avant les quatre autres qui viennent d’être créées, mettent sur le marché de travail chaque année au moins 70 sages-femmes diplômées d’Etat ». Hors, regrette-telle,  « le recrutement ne suit pas ».

« Il y en a celles qui sont sorties depuis 5 ans qui ne sont pas recrutées et la production continue. Hors en même temps la pénurie est criarde sur le terrain. Il faut certes former, mais tout en sachant que quand on forme à une pratique et qu’on ne donne pas l’opportunité à la personne formée d’exercer, elle a le temps de perdre la main. Hors, le matériel des sages-femmes c’est l’humain; elle  n’a donc pas le droit à l’erreur. On la forme, on la laisse trainer quatre à cinq ans avant de la recruter »,  affirme-t-elle.

             Présidente de l'ASAFETO, Mme ADANDOGOU Adjowa Heloise

Mme ADANDOGOU Adjowa Heloise  fait savoir que les quelques sages-femmes qui sont recrutées sont hyper chargées  et le gap continu. « C’est l’exemple d’une sage-femme en périphérie qui doit recevoir par jour 50 femmes. Soit tu bâcles la consultation, soit tu le fais convenablement et tous les jours tu descends du service très tard. Les autorités sont conscientes du problème … », déplore-t-elle.

Oui aux  Consultations prénatales mais aussi à l’amélioration des Soins Obstétricaux et Néonataux d’Urgence

Les vraies complications, indique la présidente de l’ASAFETO, c’est au cours de l’accouchement per et post partum. « Les résultats des études ont prouvé que même avec les consultations prénatales, si on ne renforce pas les SONU, on aura rien fait parce que quand pendant l’accouchement, il y a une petite complication, et que le professionnel de santé n’est pas capable de prendre en charge par manque de moyens, c’est une mort évitable qu’on peut enregistrer. Cela peut être lié aux manques de produits sanguins, des instruments pour pratiquer les accouchements instrumentalisés », informe-t-elle. Avant de  proposer qu’on fournisse les compétences aux prestataires et qu’on mette les moyens à leur disposition : « Tu peux beau faire les consultations prénatales, avoir un carnet de consultations mais quand tu arrives et il y a complication, tu peux mourir gratuitement. En plus des consultations prénatales, il faut renforcer les SONU et pourvoir ces sites en personnelles qualifiées. Ce qu’on exige c’est au moins trois sages-femmes».

La nécessité d’une action concertée des parties prenantes

Le constat est que beaucoup de ressources sont injectées dans cette lutte contre la mortalité maternelle et néonatale malheureusement, les taux ne continuent que de grimper.  Cette situation, explique la présidente de l’ASAFETO, est  aussi due au fait que les partenaires qui interviennent dans la santé de la reproduction et l’Etat, n’ont pas la coordination qu’il faut. « Il faut reconnaître qu’il y a beaucoup de choses qui se font, beaucoup de ressources vont vers cette lutte ; il faut trouver d’autres stratégies pour que les résultats soient à la hauteur de l’investissement consenti », conseille-t-elle.

Cette dernière préconise qu’il y ait une coordination au niveau de la direction de la santé de la mère et de l’enfant.  Par ailleurs, cette coordination doit être également observée au niveau des Organisations de la société civile intervenant dans la santé de la reproduction et la planification familiale. Aussi, faut-il mettre en place un Ordre national des sages-femmes au Togo ; ce qui permettra de lutter contre la prolifération anarchique, dans les périphéries de Lomé et à l’intérieur du pays des centres d’accouchement sans autorisation.

Atha ASSAN

Last modified on Wednesday, 24 July 2019 23:07

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