Tuesday, 12 December 2017

R REPORTAGES ET DOSSIERS

Friday, 01 December 2017 17:00

Récolte du maïs dans le Vo : Entre l’irrégularité des pluies et l’inondation, le changement climatique dicte sa loi aux paysans

Un champ de maïs qui se détériore Un champ de maïs qui se détériore

Le changement climatique ne laisse aucun pays en marge.  Au Togo, le phénomène est de visu. Dans la préfecture de  Vo, environ 50 Km de Lomé, où les habitants vivent généralement de la culture du maïs, le changement climatique dicte sa loi aux pauvres paysans qui ne savent plus à quel saint se vouer. Ce reportage réalisé par Togotopnews dans ladite  préfecture notamment à  Vogan, Kpétémé-dokopé, Glévé, Kpétégamé-Agoudéokopé, Agoutikopé, relate la souffrance des paysans particulièrement ceux qui cultivent du maïs, face au  phénomène.

A Vogan (chef-lieu de la préfecture de Vo) et dans ses environs,  il est difficile aujourd’hui aux paysans de connaitre le début et la fin des campagnes agricoles. Ces derniers n’arrivent plus à différencier la petite saison pluvieuse de la grande. Les pluies sont de plus en plus irrégulières. Une situation qui  inquiète le pauvre paysan qui maîtrise encore peu, les techniques  d’irrigation. En plus de cette irrégularité, on assiste parfois paradoxalement à des périodes où les pluies tombent de manière imprévisible en quantité énorme, occasionnant parfois des inondations. Face à cet état de choses, les semis se font désormais au hasard, sans grand espoir.  Si pour certains paysans, les dieux sont fâchés contre les hommes et la nature ne répond plus à leurs aspirations, pour des spécialistes, ceci n’est en réalité que les preuves tangibles des effets du changement climatiques. 

Dans le Vo, les semences détériorent dans le sol

L’irrégularité des pluies ces derniers temps dans la préfecture de Vo a durement affecté la production agricole notamment celle du maïs.  Face aux champs qui jaunissent et semences qui pourrissent dans le sol, le vieux koffi Alognon,  âgé de plus de soixante (60) ans est obligé d’arracher ses plants de maïs pour laisser le champ au repos dans l’espoir d’une prochaine saison radieuse. « Que Dieu veuille bien pardonner nos péchés et surtout qu’il pense à nous et aux animaux qui ont besoin de feuilles vertes. Qu’il nous envoie  la pluie », implore M. koffi Alognon, cultivateur, à Kpétémé.

Le vieux M. koffi Alognon assit dans son champ

M. Togbé Daklo SEGBO, cultivateur à Vo Agoutikopé est un gros producteur dans le milieu. Il a plusieurs hectares de terrain en plusieurs endroits où il associe la culture du maïs et  celle du manioc.  A chaque saison, il cultive au moins sur deux (2) hectares. Depuis quelques temps, l’homme va de désespoir en désespoir.  « Je cultive pour la consommation et la commercialisation. Actuellement les pluies n’interviennent plus aux bons moments, on ne maîtrise plus exactement quand elles peuvent arriver. Chaque année avec ses réalités, tantôt c’est l’inondation, tantôt, c’est la sécheresse. Les pluies, en cette petite saison, ont été rares et  dans nos champs, les maïs peinent à atteindre l’étape de la floraison. Alors que j’ai investi dans la main d’œuvre, l’engrais et autres. Cette année, sérieusement, je ne sais plus quoi faire », s’indigne-t-il.

De son côté,  M. Séwodo AMENOUDJI, Enseignant d’État à la retraite et cultivateur à Vogan insiste sur la peur de semer cette année, car regrette-t-il ,  les pluies sont devenues « de l’or ».

M. TOGNEGLO Kokou, un  cultivateur à Vo-Glévé et père de plus de cinq (5) enfants résume bien  ce à quoi font face les paysans actuellement dans la préfecture de Vo. « La petite saison de semence se situe normalement  entre mi- août et mi-septembre et il faut généralement au plus quatre (4) mois pour procéder à la récolte. Mais le constat aujourd’hui est que ces périodes ne sont plus respectées à cause des irrégularités de pluies. Dès fois en petite saison, les premières pluies arrivent en retard et tombent en fin octobre. Nous semons maintenant comme, on joue à la loterie, tout est lié au hasard, rien n’est plus sûr », explique-t-il.

A Kpétémé Dokopé, toujours dans Vo, le phénomène est visible. « Nous sommes actuellement en petite saison que nous appelons kélé mais, il n’a pas eu pratiquement de pluies. Nous avons semé mais nous sommes pessimistes en ce qui concerne la récolte », confie M. Jackson cultivateur à Kpétémé Dokopé.

Selon les paysans, cette situation a des impacts non seulement sur le rendement mais également sur la vie de tous les jours.  « Si  les pluies sont  en retard,  nous assistons à une flambée des prix des denrées dans notre milieu surtout le prix du maïs qui constitue la base de notre alimentation. Par conséquent pour trouver à manger, c’est la croix et la bannière», a affirmé M. AZIANBLE Logossou, cultivateur à Kpétégamé Agoudéokopé.

Pour sa part, Mme Elie GAYIBOR, cultivatrice à Vo-kpétémé indique que la pauvreté s’est accentuée dans le milieu et les conditions de vie sont de plus en plus lamentables.

Grenier de maïs

Le « chamboulement du calendrier cultural »

Selon l’Ingénieur Agronome spécialisé en question de Changement climatique et Chef Agence Institut de Conseil et Appui Technique (ICAT) Vo, M. MACOLD Dodzi, le changement climatique a des influences sur les activités agricoles. « Les activités agricoles ont besoin à des périodes bien précises, des hauteurs de pluies pour pouvoir évoluer. Si vous mettez en place une culture donnée, cette culture a besoin d’une certaine quantité de pluies à des moments bien précis pour pouvoir se développer et donc produire au moment voulu. Dans la région maritime en général et plus particulièrement dans la préfecture de Vo, on recommandait aux producteurs de semer à partir du 15 avril mais vu la modification  des paramètres climatiques (températures, pluies etc. ndlr) ;  les pluies arrivent un peu tôt , par exemple en mars, ou bien un peu tard en mai en ce qui concerne la grande saison. Pour ce qui concerne la petite saison, la tendance actuelle dans la région maritime et plus particulièrement dans le Vo est que l’on assiste à une disparition de la petite saison. La petite saison n’est plus probable. Si vous mettez en place les cultures, il se peut que cela réussisse. Certaines années les productions sont bonnes et d’autres années les cultures ne réussissent pas », a expliqué l’Ingénieur Agronome.

C’est cette tendance poursuit-il, qui prévaut actuellement dans la préfecture de Vo. « Les producteurs sont alors confrontés, dans la préfecture de Vo, à ce que nous appelons ‘’le chamboulement du calendrier cultural’’. Est-ce qu’il faut semer en mars ? Est-ce qu’il faut semer en avril ? Est ce qu’il faut semer en juin ? En septembre ? C’est le problème auquel sont confrontés les agriculteurs dans la préfecture de Vo », a indiqué M. MACOLD Dodzi.

Le maïs constitue la denrée de base au Togo en général et dans la préfecture de Vo en particulier ; et c’est l’une des principales sources de revenus des producteurs dans la préfecture. La culture du maïs permet aux paysans de subvenir facilement à leurs besoins. « Elle constitue l’une des spéculations autour de laquelle il y a une organisation des agriculteurs notamment les groupements et coopérative, elle constitue le grenier alimentaire pour la préfecture de Vo », nous a confié les agents d’ICAT Vo.

Selon le Chef Agence Institut de Conseil et Appui Technique (ICAT) Vo, M. MACOLD Dodzi, la culture du maïs est exigeant en eau pendant sa phase de développement notamment pendant le semis, la montaison, la floraison et l’épiaison. « Nous sommes rendu compte que ces dernières années, le maïs est confronté aux manques de pluies, de faibles pluviométries enregistrées au cours de la grande saison. Au niveau des producteurs, les gens ne se retrouvent pas pour la période précise à choisir pour semer le maïs. Est-ce que avec l’arrivée de la première pluie, le paysan va pouvoir semer ? Ou bien attendre une, deux ou trois pluies avant de semer ? Ou bien carrément se référer toujours à la période idéale qui était recommandée ? Ce qui fait qu’au niveau des producteurs avec la première pluie certains sèment, d’autres attendent une deuxième ou troisième pluie. Il se peut qu’après, ce sont les premiers qui ont semé qui ont peut être choisi la bonne période et auront un rendement conséquent alors que ceux qui ont suivi n’ont pas choisi la bonne période ou carrément le contraire », a fait savoir le Chef Agence Institut de Conseil et Appui Technique Vo.

Chaque année dans le Vo, le constat est que la période à choisir pour mettre les graines sous terre constitue un problème pour les paysans. Le mauvais choix de la période explique, M. MALCOD Dodzi, constituerait la conséquence pour le rendement qu’il faut obtenir. « Cela devient maintenant ce que nous pouvons assimiler à un « choix au hasard ». Le maïs est une plante qui est très sensible au manque d’eau pendant la période de la floraison. Si le maïs ne reçoit pas d’eau pendant la floraison, après, quel que soit la quantité d’eau qu’il va y en avoir, le lendemain est très mauvais pour le maïs. C’est l’effet du changement climatique sur le maïs dans la préfecture de Vo», a-t-il précisé.

Pour lui, les faibles pluviométries enregistrées au niveau de la préfecture de Vo font que le sol qui constitue le support de toutes les cultures est aussi confronté au problème de changement climatique. « Quand il fait trop chaud, le sol se durcit ; quand le sol durcit cela empêche les racines des plants de pouvoir prendre les éléments nutritifs. Les sols meubles constituent les sols idéals pour les cultures en générale. Lorsque le sol devient dur surtout pour les cultures comme le maïs, les racines ne vont pas pouvoir rentrer dans le sol et prendre les éléments nutritifs. L’excès de température fait que finalement les éléments nutritifs ne sont plus disponibles à la culture du maïs, le sol durcit et cela entraine sa pauvreté. Le changement climatique peut occasionner de faibles pluviométrie ou des inondations à des moments inhabituels », affirme le Chef Agence Institut de Conseil et Appui Technique Vo. « Comme exemple, en 2009 la préfecture de Vo a connu une inondation sans précédent. Ce sont les ONG notamment ‘’la Croix rouge’’ et ‘’les Amis de la terre’’ qui sont venus en aide des producteurs dans la préfecture en octroyant des crédits surtout à des femmes pour embraser certaines activités génératrices de revenus pour pouvoir subvenir à leurs besoins », a indiqué le Chef Agence.

Avec le changement climatique même la grande saison connaît des pluies localisées à Vo, ce qui est plutôt le propre de la petite. « Au cours de la grande saison (éfio) on constate des fois qu’il pleut à Akoumapé mais à Vogan, il ne pleut pas. Ce qui n’est pas le propre de la grande saison. C’est plutôt en petite saison (kélé) que ces types de pluies s’observent. C’est l’exemple de « Ogba » et « Badougbé », deux localités de la préfecture de vo distante d’un (1) Km où en grande saison l’on peut observer des pluies dans l’une de ses localités et pas dans l’autre.», a indiqué le Chef Agence ICAT Vo.

Selon l’expert spécialisé en changement climatique et la production du maïs dans la préfecture de Vo, le changement climatique avec la variabilité de la température occasionne la prolifération rapide de certaines espèces animales (insectes) nuisibles dans la préfecture de Vo. « Exemple de la mouche blanche. L’augmentation rapide de la température entraine également la prolifération des générations de ces espèces. L’équilibre biologique qui existe entre ces insectes nuisibles et les prédateurs sera modifié donc les productions agricoles vont subir facilement les dégâts de ces insectes (exemple de la guêpe maçon et les larves des papillons dans les champs de maïs). Une chenille légionnaire se développe actuellement dans les champs de maïs dans la préfecture de Vo occasionnant l’enrôlement des feuilles du maïs et tue la plante. C’est la température qui prévaut actuellement qui favorise leur cycle de développement », a expliqué le spécialiste.  Les actions de ses insectes, poursuit-il, entrainent sur le plan national une perte de plus de cinquante mille (50 000) tonnes de maïs par an alors que le maïs constitue la denrée de base au Togo.

Des mesures pour juguler le phénomène

La lutte contre les effets du changement climatique se fait de deux manières soit par une adaptation, soit par une atténuation. Selon l’Ingénieur agronome, pour faire face à la pauvreté des sols due aux changements climatiques, l’on doit procéder à la promotion de l’utilisation de la matière organique en formant les producteurs sur la fabrication et l’utilisation efficace de cette dernière. Il soutient également qu’à part cette option, les paysans doivent bénéficier de micro crédits pour faire des activités parallèles pouvant les permettre de faire face aux besoins fondamentaux en mauvaise période. « Il faut surtout au niveau des femmes, octroyer de petits crédits pour que ces dernières entreprennent les activités génératrices de revenus. On peut toutefois apporter de la matière organique mais quand il ne pleut pas du tout, la production n’est nulle. Que fera alors le pauvre paysan ? C’est là que les activités génératrices de revenus ont leur importance », a-t-il indiqué.

« Le mais constitue la denrée de base dans la préfecture de Vo, en cas de mauvaise récolte les producteurs seront en manque d’argent pour subvenir à leurs besoins. Avec les activités génératrices de revenus, ils peuvent facilement dégager des bénéfices pour subvenir au manque que les mauvaises récoltes vont occasionner. Quand le producteur n’a pas fait une bonne récolte, il faut quand même qu’il mange et fait face à des besoins fondamentaux entre autres : la santé, la nourriture, la scolarité des enfants etc. », a ajouté l’agronome.

Séchage du maïs

Pour les hommes, l’agronome conseille de ne plus miser seulement sur la production végétale. « Il faut que les agriculteurs associent l’élevage à la production végétale. La principale source de revenu du paysan est l’agriculture. Si ce dernier mise seulement sur la culture du maïs ou du manioc, s’il arrivait que l’année est très mauvaise, ce sera compliquer  pour lui de faire face à ses besoins. Lorsque les résultats de la production végétale ne sont pas bons au moins, celui qui a fait parallèlement de l’élevage peut procéder à la vente de quelques bœufs, chèvres, coqs, porcs etc. pour combler le vide et atténuer ses besoins », a-t-il conseillé.

L’ingénieur recommande également qu’il faut former et encourager les agriculteurs à l’utilisation des semences certifiées à cycles courts. « La majorité des semences utilisées par les producteurs aujourd’hui, sont des semences dont les cycles sont relativement longs (quatre mois et au-delà) alors que de nos jours c’est difficilement que les pluies couvrent  deux (2) mois. Si on a des semences à cycle court, cela permet à des semences d’atteindre un certain niveau et de pouvoir résister au manque de pluie après. A cet effet, et surtout face aux effets du changement climatique, il est recommandé aux Institutions de recherche de mettre à la disposition des producteurs des semences à cycle court pour permettre aux producteurs de vite récolter avant que les périodes de sécheresse n’arrivent », a indiqué l’agronome.

A ces méthodes s’ajoute la méthode d’échelonnement des semis. « Quand un producteur a une grande superficie donnée, dès la première pluie, il faut qu’il sème  sur une parcelle donnée, la deuxième pluie une autre ainsi de suite et selon l’espace disponible de telle sorte que si les cultures ne réussissent pas sur une parcelle au moins les autres parcelles vont coïncider avec la période de pluviométrie normale », a expliqué MALCOD.

Pour sa part, M. Achille Koevi ASSAN, Agronome-Forestier, propose pour ce qui concerne les mesures d’atténuation, qu’il faut éviter des coupes anarchiques des arbres et de réduire les pressions anthropiques sur les ressources naturelles (forets, cours d’eau etc.). « Il serait mieux aussi de commencer par reboiser abondamment afin de pallier les pertes de la biomasse verte et créer ainsi un micro climat favorable pour la production agricole et une restauration des écosystèmes », a-t-il ajouté. Vivement que ces recommandations soient prises en compte car la lutte contre les changements climatiques est une priorité mondiale et elle est l'une  des Objectifs de Développement Durable (ODD) à atteindre  à l'horizon 2030.

 

 Atha Assan

Last modified on Friday, 01 December 2017 17:01

Leave a comment

Make sure you enter all the required information, indicated by an asterisk (*). HTML code is not allowed.

Togotopnews, le top de l'actualité Togolaise

Tel:

00228 91 90 30 65
00228 97 15 64 47

Facebook