Saturday, 07 December 2019

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Thursday, 20 September 2018 11:47

Dossier/ Ahépé au Sud du Togo : Au cœur de la difficile planification des naissances

Quoi qu’ importante pour la santé des femmes que celle des enfants, la planification familiale n’est toujours pas une réalité dans certaines contrées au Togo. A Ahépé (localité située au Sud du Togo, dans la préfecture de Yoto), la situation est bien perceptible. Beaucoup de cas de grossesses non désirées et de naissances rapprochées, le planning familial rencontre d’énormes difficultés dans ce canton où la tradition joue un rôle non négligeable dans le faible recours à la contraception.

Akos, une revendeuse rencontrée, au Carrefour principal de la localité explique : « Ici, notre richesse, ce sont nos enfants. Ils nous accompagnent dans les travaux champêtres, dans nos petits commerces et à la maison. Nous ne trouvons pas d’inconvénients à en faire beaucoup », a affirmé la jeune dame qui à 23 ans, a cinq (5) enfants dont le premier a huit (8) ans et le plus petit, deux (2) ans. Fort curieusement, aucun de ses enfants n’est scolarisé. Bien plus, il est très difficile pour elle et sa famille de trouver le pain quotidien. Le cas de cette dame n’est pas isolé. Il est impossible de faire un tour dans cette contrée sans apercevoir des femmes enceintes avec un bébé au dos, des jeunes mères accompagnées de plusieurs enfants et des filles enceintes d’environ 12 à 15 ans.

L’Association Togolaise pour le Bien-être Familial (ATBEF), la principale structure active dans l’éducation sexuelle au Togo, n’a malheureusement pas de bureau dans ce canton qui regroupe beaucoup de villages. Néanmoins, il y a des agents communautaires formés par l’ATBEF qui sont sur le terrain pour sensibiliser régulièrement la population sur les bienfaits de la planification familiale. Au dispensaire public du milieu, l’on fait de temps en temps des causeries éducatives à la population. Pourtant l’espacement de naissances semble être une dure épreuve pour les femmes d’Ahépé.

Du poids de la tradition

Pour cette population, avoir beaucoup d’enfants est une bénédiction divine et une fierté pour les parents. Dans la tradition, les dictons ne manquent pas pour exprimer la valeur accordée à la fécondité entre autres, «rien ne surpasse l'enfant sur cette terre», «avoir un enfant unique, с 'est être borgne», «l'homme vaut mieux que la richesse», «un enfant vaut mieux que de l'argent». Aussi, le fait que le mariage n'acquière-t-il vraiment de stabilité qu'à la naissance du premier enfant, indique assez combien la reproduction est conçue par ces ruraux comme un devoir à la fois social et individuel. Ainsi la planification familiale est souvent interprétée non seulement comme une volonté d’empêcher de faire beaucoup d’enfants, mais également et surtout comme une désobéissance à la volonté divine. « Comme dans la plupart des traditions africaines, pour nous, une vie réussie est celle qui se perpétue à travers une nombreuse postérité, signe de prestige et d'autorité. C'est donc la maternité qui consolide les couples et le lien entre les deux familles. La procréation est une bénédiction divine que nul ne saurais arrêter », nous a informé Kossi, un notable.

Le dictat des hommes, la préférence au sexe masculin, la peur, la honte, les prêches des églises…

Le refus des époux  en ce qui concerne l’adoption des méthodes contraceptives, est également pointé du doigt. Selon certains, « la réticence des hommes s’explique par le fait que ces derniers n’assistent souvent pas aux meetings de sensibilisation et que ce sont les femmes qui leur apportent le message. En leur qualité de chefs de famille et décideurs, ils ne prennent pas en considération des idées qui émanent de la femme  puisque dans la tradition, la femme n’a pas le pouvoir de décision. »

Ayawa, une jeune dame rencontrée, nous explique  également que la préférence à un sexe surtout au sexe masculin, conduit par ailleurs les couples à avoir beaucoup d’enfants.  

Aussi, « bon nombre de femmes n’approchent-elles pas le centre sanitaire pour avoir des informations liées à la sexualité, par peur ou honte car parler de la sexualité demeure toujours un sujet tabou », nous renseigne-t-elle.

Les prêches des églises surtout celles dites charismatiques qui ont fait leur apparition dans le milieu ces dernières années et le niveau de revenu ont  « également un impact direct sur la possibilité pour de nombreuses femmes de planifier les naissances. Les femmes pauvres sont celles qui ont le moins de chances d’être à même d’exercer le droit à la contraception, parce qu’elles ne sont pas en mesure de payer les services de planification familiale. «C’est difficilement que nous trouvons à manger. Comment pouvons-nous payer les pilules ? », s’est interrogée Ayawavi, une native du milieu.

 Des fausses rumeurs par rapport aux méthodes contraceptives notamment les injectables viennent compliquer une situation déjà peu enviable. « En effet, des rumeurs font état de ce que ces injectables entrainent des maladies et rendent les femmes anxieuses et stressantes ». « Ce qui n’est pas vrai », rétorque Mme Gado Amina, accoucheuse au dispensaire d’Ahépé qui affirme que : « Certes ces produits peuvent entrainer des effets secondaires notamment les troubles de menstruation, des maux d’yeux et de pieds mais ces effets sont  souvent temporaires».

En somme, la tradition, la religion, la pauvreté et les fausses rumeurs sur les méthodes contraceptives, les prêches des églises charismatiques sont entre autres des facteurs explicatifs du faible recours à la contraception dans cette localité.

En réalité, il s’agit d’une situation qui concerne, de manière général le milieu rural au Togo et les efforts doivent être multipliés en matière du planning familial, au regard de ses nombreux  avantages.

Le planning familial et ses bienfaits

La planification familiale ou le planning familial consiste à utiliser des méthodes contraceptives dans le but d’avoir le nombre souhaité d’enfants et à des intervalles de temps raisonnable. Selon les explications du Docteur M’bortché Bingo Kignomon, gynécologue obstétricien, chef division médicale de l’Association Togolaise pour le Bien-être Familial (ATBEF) « une méthode contraceptive est un   moyen, naturel ou artificiel mis à la disposition des individus ou des couples pour empêcher temporairement ou définitivement la survenue d’une grossesse ».   A en croire le docteur, au Togo, il existe trois sortes de méthodes notamment les méthodes temporaires de courte durée d’action, les méthodes temporaires de longue durée d’action et les méthodes permanentes ou de stérilisation.

S’agissant des méthodes temporaires de courte durée d’action, on peut citer pèle mêle la méthode de jour fixe (MJF) ou encore le collier du cycle, la Méthode de l’Allaitement Maternel et de l’Aménorrhée(MAMA), les préservatifs masculins et féminins, des crèmes et des comprimés vaginaux, des pilules et les injectables.

En ce qui concerne, les méthodes temporaires de longue durée d’action, le docteur a indiqué qu’il s’agit notamment de l’implant (Jadelle) et le dispositif intra utérin libérant du cuivre dont l’insertion et le retrait se fait par un prestataire formé.

Les méthodes permanentes, qui sont des méthodes de stérilisation, quant à eux, sont « irréversibles ». « Ces méthodes sont adaptées aux couples qui ne veulent plus avoir d’enfants. Comme méthodes permanentes nous avons la vasectomie et la ligature des trompes qui nécessitent l’assistance d’un prestataire formé pour leur adoption », a indiqué le Docteur M’bortché.

Selon ce dernier, la planification familiale permet l’espacement des naissances et donne la possibilité de retarder les grossesses chez les femmes jeunes, les grossesses précoces étant associées à un risque élevé de problèmes de santé et de décès.

De son côté, Mme Gado Amina, accoucheuse au dispensaire d’Ahépé  fait savoir que : « le planning familial représente pour les femmes une chance d’améliorer leur niveau d’études et de participer à la vie publique. Le fait d’avoir moins d’enfants permet aux parents d’investir davantage dans chaque enfant et avoir suffisamment de ressources pour s’occuper de son éducation. De plus, le planning familial est essentielle pour ralentir une croissance de la population qui n’est pas viable à long terme et les conséquences négatives qui en résultent pour l’économie, l’environnement et les efforts de développement aux niveaux national et régional ».

Le moins qu’on puisse dire est que la planification familiale a beaucoup d’avantages. Les Etats ont donc la lourde charge de prendre des mesures drastiques pour intensifier la sensibilisation surtout en milieu rural où les gens ne sont pas suffisamment informés. Les différents acteurs œuvrant dans le secteur de la promotion de l’éducation sexuelle doivent agir pour que les pauvres bénéficient des services de santé de la reproduction. Les leaders traditionnels et religieux, vu leur rôle important dans l’éducation de masse doivent également s’engager à encourager et promouvoir quotidiennement dans leurs prêches, la planification familiale en vue d’éclairer les communautés sur les avantages de l’espacement des naissances au sein d’un couple ».  Pour réussir le pari de cette planification familiale, les hommes doivent nécessairement être mis à contribution si tant est que l’on veut parvenir à « une société où chaque grossesse est planifiée et désiré ».

 

Hélène Doubidji

Last modified on Wednesday, 17 April 2019 12:36

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