Wednesday, 12 December 2018

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Friday, 05 October 2018 12:18

Ecole primaire gratuite au Togo : la charrue devant les bœufs ?

Des élèves du cours primaire en classe Des élèves du cours primaire en classe

Le gouvernement Togolais, en Conseil des ministres du 1er octobre 2008  a décidé de rendre l'école publique gratuite pour le préscolaire et le primaire. « Une initiative louable ! », applaudissait plus d’un à l’époque.  Sauf que dans son application, « la mesure salutaire »  de l’Etat a du plomb dans l’aile, malgré certaines avancées citées ici et là. Diagnostics !

Avant, au Togo, les élèves du cours primaire et de la maternelle doivent obligatoirement payer chaque année des frais de scolarité. Avec la mesure de gratuité, fini cette contrainte, au grand bonheur des parents. Surtout ceux qui jusque-là n’arrivent pas à inscrire leurs enfants à l’école, faute de moyens. Plus donc besoin de payer ni d’écolage, ni de cotisation parallèle. Le but est d’encourager l’alphabétisation au Togo.

Bien évidemment, dès l’entrée en vigueur de la mesure, les classes seront rapidement inondées entrainant d’énormes conséquences embarrassantes aux élèves, enseignants, parents, bref à tous les acteurs  impliqués dans le système éducatif.

Manque de préparation en amont, des incompréhensions, de l’escroquerie, de faux frais…

Il faut tout d’abord souligner qu’au niveau de la société civile, certains acteurs étaient dubitatifs quant à l’application efficace de la mesure, dès son annonce. « Nous l’avons accueillie avec un peu de crainte et de doute, et connaissant très bien ce qu’on appelle la gratuité de l’école, on se demandait si cela va véritablement aider le système éducatif togolais dans la mesure où le Togo venait à peine de sortir d’une crise politique et avec un grand coup que la qualité de l’éducation a reçu », nous confie Marcel Toyi,  coordonnateur de la Coalition Nationale Togolaise pour l’Éducation Pour Tous (CNT/EPT).

Selon ce dernier,  déjà à la rentrée scolaire 2008-2009, les acteurs de terrain notamment les instituteurs, institutrices et chefs d’établissements ont reçu un choc psychologique.  Ils n’y étaient pas préparés.

« Les préparer suppose qu’il doit avoir un plan de communication pour que les enseignants, les directeurs d’écoles, les inspecteurs et mêmes les parents qui confient les enfants à l’école comprennent  ce qu’on appelle la gratuité de l’école, comprennent que c’est le processus afin que chacun s’engage à accompagner la décision politique », explique à togotopnews,  le coordonnateur de la Coalition Nationale Togolaise pour l’Education Pour Tous (CNT/EPT).

Ainsi, déplore-t-il le manque d’infrastructures devant  accueillir le nouvel effectif indubitablement pléthorique. En effet, certains enfants quittent soit la maison, soit les écoles privées pour les publiques mais se trouvent confrontés aux problèmes de places. Une situation qui engendre des incompréhensions entre parents et directeurs d’école et également des déviances de la part de certains responsables d’établissement.

 « Non seulement, cela pose un réel problème mais aussi cela  entraine de l’escroquerie.  La gratuité a ouvert la porte aux faux frais que des Chefs d’établissement ont imposés. On fait payer les photocopies, les répétitions et mêmes les bancs. Tu es un parent et tu amènes un enfant, on te dit qu’il n’y a pas de problème mais tu achètes un banc et ton enfant est inscrit. Un banc coûte 17000 FCFA. Donc la gratuité a ouvert la porte béante aux faux frais jusqu’aujourd’hui dans le système éducatif », regrette le Coordonnateur de la CNT/EPT

La tâche plus difficile aux enseignants

L’effectif devenant pléthorique avec la gratuité, l’enseignant doit crier beaucoup plus pour être écouté par tous les élèves ; une situation pas du tout facile à gérer. « Dans notre établissement, au CM1, ils sont au total 100 dans une seule classe. CE1,  120 pour un seul enseignant. Très serrés dans la classe, l’enseignant ne peut même pas circuler dans les allées pour parler aux enfants. Les élèves du CE2 sont plus de 100 dans une seule classe par manque de local. Comment peut-on faire un travail de fond quand un seul enseignant s’occupe d’autant d’élèves? Les enfants s’asseyent 4 par banc au lieu de deux. Qu’est-ce que l’instituteur ou l’institutrice peut faire dans ce désordre ? », s’indigne Mme Hodalou, institutrice dans un établissement public de la banlieue de Lomé. Aussi, ajoute cette dernière, les matériels de travail sont insuffisants. « Nous recevons pour chaque trimestre, une boite de craie alors que cela ne dure qu’une semaine. On les partage aussi avec les enfants puisque pour les parents tout est gratuit désormais à l’école », fait savoir l’institutrice.

De son côté, Jean, enseignant dans une école en plein centre-ville ne cache pas sa colère face à la situation. « Nous avons un effectif de plus de 600 élèves dans notre établissement, et ceci pour  seulement 9 enseignants. Imaginez le travail qu’il faut abattre. Il n’y a même pas des avantages octroyés aux enseignants par rapport aux effectifs. Même pas des primes de motivations si, dans ces conditions, vous arrivez à produire de bons résultats à la fin de l’année. Par exemple,  lorsque j’étais dans le confessionnel, j’ai eu au moins des attestations de félicitation pour de bons  résultats obtenus au CM2. Je suis venu dans le public, j’ai eu le même résultat mais rien »,  confie-t-il.

Par ailleurs, il faut souligner que le problème commence par se poser  dans certains collèges puisqu’ils accueillent d’avantage d’élèves sortis du cours  primaire, alors qu’eux aussi souffraient  déjà du problème d’infrastructures de qualité. C’est l’exemple du CEG klobatèmé (situé à un peu plus de 15 km de Lomé) où l’enseignement se déroule dans des salles de classe de fortunes (Photos).

                                                                     Elèves du  CEG klobatèmé

La gratuité de l’école, une initiative louable en soi

D’abord, il faut noter que malgré son côté sombre, la gratuité de l’école a permis d’augmenter le taux de scolarisation, selon des sources officielles. A à en croire à leurs propos sur les médias,  aujourd’hui, avec la gratuité de l’école, les choses ont évolué. Ainsi, beaucoup d’enfants issus de familles vulnérables, incapables de supporter les charges scolaires ont été libérés. Ce qui permet finalement à beaucoup d’avoir un accès gratuit aux salles de classe. Selon les statistiques officielles, le taux net de scolarisation est passé de 86% (2010-2011) à 95,5% entre  (2015-2016), soit une progression de 9,5 points en 6 ans.

Allant dans le même sens, Jean Houzou, instituteur persiste que la gratuité de l’école est une bonne initiative. « Avant, certains parents, au beau milieu de l’année, laissaient leurs enfants à la maison parce qu’on les a renvoyés pour les frais scolaires. Aujourd’hui, tous les enfants arrivent à l’école sans inquiétude à moins que l’enfant même soit paresseux et trouve des arguments pour manquer aux cours », renseigne-t-il.

Même si elles sont jugées insuffisantes, des  mesures significatives sont prises par l’Etat pour accompagner la mise en œuvre efficace de la gratuité de l’école. On peut citer entre autres le Projet Education pour le Renforcement Institutionnel (PERI I). Avec ce projet, l’on constate des améliorations. Plus de 1000 salles de classes sont construites pour répondre aux problèmes de l’accès, 3 000 000 de livres ont été achetés aux élèves et enseignants. Le projet en question est à sa deuxième phase avec entre autres la construction des salles de classes, la production de nouveaux curricula de formation qui sont donnés gratuitement aux écoles.

En dehors de cela, l’Etat a mis en place la politique des cantines scolaires dans certaines écoles. La gratuité de l’école couplée de la mise en place de ces cantines scolaires,  selon les témoignages ont contribué énormément à attirer d’abord les enfants, à les maintenir dans le système éducatif  parce que quand ils viennent à l’école, ils savent qu’ils vont trouver à manger et ils sont tranquilles pour suivre les cours.

La ministre togolais du développement à la base, Victoire Tomégah-Dogbè, a  d’ailleurs entamé le mercredi 26 septembre 2018 dernier, une tournée dans les écoles bénéficiaires pour  constater de visu l’opération de fourniture de repas et recueillir les suggestions des acteurs impliqués dans le but d’améliorer.

On note également, la création et l’ouverture par l’Etat de nouveaux centres de formation des enseignants notamment les Ecoles Normales des Instituteurs (ENI) dans certaines villes comme  Dapaong, Niamtougou, Tagbligbo, Adéta et Sotouboua. « D’une seule, on est allé à six. Et au lieu de former 150 ou 250 enseignants dans une seule ENI qui est l’ENI mère, l’Etat est allé à 1000 et plus par promotion. Ce sont des réponses qui sont en train d’être prises par l’Etat et qui rassurent », souligne Marcel Toyi.

La société civile en renfort

La faitière des réseaux des associations de la société intervenant dans le secteur de l’éducation au Togo, la Coalition Nationale Togolaise pour l’Education pour Tous (CNT/EPT) fait un énorme travail en ce qui concerne la communication autour du projet de gratuité. Pour elle, c’est l’un des aspects très importants dans l’aboutissement du processus.

Dans ce sens, la coalition organise avec l’appui de ses partenaires des foras thématiques. « C’est des rencontres où les acteurs de l’Etat eux-mêmes viennent répondre aux questions des parents, des enseignants  et de toute la communauté sur la gratuité de l’école, sur d’autres thématiques. On l’a fait dans toutes les régions. Un document de capitalisation a été produit à cet effet. C’est à partir de cela que les gens ont commencé par comprendre que la gratuité de l’école est un processus », explique le Coordonnateur de la Coalition.

Ces foras selon ce dernier, sont diffusés sur des chaines de télévisions et sanctionnés par des documents écrits   distribués  gratuitement en version électronique et en copie dure.

Propositions alternatives pour une gratuité réussie

Selon certains esprits avisés, l’Etat, en appuyant les écoles privées qui contribuent énormément à l’éducation au Togo, pourra désengorger un tant soit peu l’effectif pléthorique du public accentué, par la gratuité du primaire et du préscolaire.  

 « Chaque année, les écoles privées surtout celles qui produisent de bons résultats, augmentent les frais scolaires. Une situation qui oblige certains parents à se tourner vers le public », relève Komla Agbémégnan, président des parents d’élèves d’une école privée à Lomé. Avant de proposer à l’Etat d’accorder des subventions aux écoles privées crédibles afin que ces dernières n’augmentent plus de manière drastique les frais de scolarité. « Un procédé qui peut d’une manière ou d’une autre désengorger le public », souligne Komla.

En revanche, certains enseignants aussi proposent comme solutions, hormis la construction des locaux supplémentaires pour les établissements scolaires et le recrutement en nombre suffisant d’enseignants, le payement des primes d’encouragement. Aussi, souhaitent-ils, l’extension rapide des cantines scolaires à toutes les écoles publiques tout en veillant à la qualité des repas servis.

Cet article est le dixième d'une série de 11 productions s'inscrivant dans le cadre d'un dossier thématique, porté par 11 médias panafricains, bénéficiaires du projet NAILA de CFI. 

Atha Assan

Last modified on Friday, 05 October 2018 15:00

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