Sunday, 25 August 2019

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Wednesday, 29 May 2019 09:24

La tricherie aux examens : s’en passer un réel combat au quotidien pour les tentés

Une stratégie de tricherie Une stratégie de tricherie Photo crédit : Radars Infos

Au Togo, les élèves sont actuellement en période d’examens. Si certains apprennent ardemment pour réussir, d’autres ne comptent que sur la tricherie. Une vielle pratique à la peau dure. Pourquoi, quand et comment ? Quelques élèves et anciens livrent leurs témoignages.

Le succès est au bout de l'effort dit-on. Mais pour d'aucuns, c'est au bout de la tricherie. Que ce soit pour l'élève du primaire, du collège, du lycée ou même un étudiant, le résultat escompté en trichant est la réussite. Avec ou sans mérite, on veut réussir et tous les moyens sont bons.

Soulemana, 11 ans est en classe de CM2 et ne rate aucune occasion de triche. À la question « est-ce que tu triches », il répond sourire aux lèvres  «  Oui tata, je triche ». Et pourquoi? « Parce que je ne veux pas échouer. Pour les devoirs en classe et les compositions, on ne peut pas tout connaître donc je vois chez les autres sinon le maître nous frappe. Même pour les devoirs de maison, on recopie avant que le maître vérifie », a-t-il lancé.

Apparemment, l'attitude face à la triche varie. Pour certains, moins l'épreuve est importante, plus on se permet de tricher. « J'ai eu l'occasion de tricher à chaque niveau: primaire, collège, lycée, BTS, mais seulement pour de petits contrôles sans importance,  parce que je n'y consacre pas de temps. Jamais pour un examen ou une composition », confie Ariane jeune employée du privé.
Tout le contraire de Blaise, lui, étudiant. Plus l'épreuve est importante, plus la nécessité de tricher se fonde. « Moi je triche selon l'importance de l'épreuve ou de l'évaluation. J'ai triché au Bac, mais jamais en classe parce que l'examen était la grande échéance et non les notes de classe. Aux grands enjeux, les gros moyens et risques » dit-il. Que l'enjeu soit moindre ou grand, l'objectif reste peut-être la réussite, mais les méthodes diffèrent.

A chacun sa méthode

Dans la réalité, beaucoup s'adonne au forfait sans pour autant l'avouer. Mais ceux qui acceptent en parler vont plus loin. « Depuis le primaire, j'avais un partenaire de triche, on s'arrangeait pour apprendre la moitié du cours chacun, et on s'échangeait les réponses durant le contrôle. Les tables étaient toutes collées, pas très compliqué de ne pas se faire attraper si on s'y prend bien », explique Ariane. Blaise, lui est encore plus grand stratège.

Attention aux lourdes sanctions

De tous les interlocuteurs que nous avons eus, seule Ariane redoute de compromettre avec une stupide erreur qui peut être très lourde de conséquences. « Ça ne vaut vraiment pas le coup de risquer de se faire prendre à un examen ou concours national », fait-elle savoir. Après tout, tous savent que l'acte est ignoble, seulement, il faut bien réussir et beaucoup ne résiste pas à la tentation de s'en sortir autrement.

Les sanctions vont de l'annulation de l'examen à l'interdiction pour ces candidats de se présenter aux mêmes examens pour une période donnée. Ces décisions ont été prises en conseil de ministre suite à des dénonciations faites en 2015 à l’examen du Baccalauréat deuxième partie.

En effet, 37 candidats provenant de 7 établissements scolaires et deux candidats libres ont été mis en cause à la session de juin 2015. Les fraudes constatées ont trait à des échanges d’épreuves, à la possession de documents compromettants ou de téléphones portables pendant les épreuves. 37 candidats provenant de 7 établissements scolaires et deux candidats libres ont été mis en cause. Après délibérations, le Conseil de discipline qui s’est réuni le 17 septembre 2015 avait proposé contre les fautifs, diverses sanctions.

Les examens ont pour but d'évaluer la capacité, les compétences et aptitudes des apprenants ou candidats pour déterminer si oui ou non ils ou elles peuvent passer en niveau supérieur. Et passer par des moyens peu orthodoxes pour passer outre les grilles du tamis, on peut toute suite être tenté de voter contre. La tricherie est une stupide erreur qui peut gâcher toute une vie. Mais vue sous un autre angle, elle peut s’avérer être un bon moyen pour pousser au travail d’équipe et inciter l’esprit créatif… Une experte en pédagogie nous en parle. 

 

Faut-il tricher à l’école pour réussir ? Maryse Quashie, Maitre de Conférences en Science de l’Education, retraitée de l’Université de Lomé analyse avec nous…

 

« Dans cette question ce qui pose problème, c’est le verbe tricher car il comporte une nuance péjorative. En effet tricher, c’est enfreindre une règle. Donc si la règle dit qu’un travail scolaire est à accomplir individuellement, si on enfreint la règle, on triche et c’est répréhensible. La réponse semble directe d’autant plus que si l’on vous surprend en flagrant délit de tricherie, des sanctions sont prévues à tous les niveaux scolaires, pouvant aller jusqu’à l’exclusion. Et comment réussir à l’école si on en est exclu ?

Cependant  la question à se poser est celle-ci : pour faire ses preuves à l’école faut-il toujours un travail individuel ?  De fait, l’école, que nous avons héritée de la colonisation, privilégiait  la réussite individuelle : travaux individuels en classe mais aussi classement en fin de trimestre ou d’année, distribution de prix ; toutes ces pratiques encourageaient l’élève à travailler seul mais aussi à réussir pour lui-même.

                                Maryse Quashie, Maitre de Conférences en Science de l’Education

 

L’école a donc été implantée en Afrique au 19ème siècle avec ces valeurs qui étaient pourtant tout à fait à l’opposé de notre culture africaine, où l’individu ne peut pas réussir tout seul et pour lui-même mais avec et pour les membres de son groupe social ; ainsi se développait la solidarité au sein de nos sociétés…

 

Les valeurs de l’école de la réussite individuelle semblent avoir pris le dessus dans la mesure où la réussite sociale est dorénavant liée à la réussite scolaire traduite par un diplôme décroché surtout grâces aux mérites personnels. C’est ainsi que dans l’enseignement supérieur, on sous-estime les travaux de groupe (exposé par exemple) au profit des travaux individuels plutôt écrits (devoir sur table). On pense, et  la plupart du temps avec bonne foi, qu’on montre mieux sa valeur à travers ce type de production.

 

Cependant le monde moderne exige de plus en plus le travail en équipe. D’abord parce que plus personne ne peut prétendre à lui tout seul maîtriser les savoirs et savoir-faire d’un domaine tout entier ; ensuite parce que ces connaissances évoluent très rapidement et qu’avec cette obsolescence rapide, le spécialiste d’aujourd’hui est vite dépassé par celui-là même  qu’il a contribué à former. On a donc toujours besoin d’être inséré dans une équipe pour fournir une production de qualité.

Par ailleurs on demande dans le monde du travail des qualités liées au travail de groupe : maintien d’une atmosphère positive sur les lieux de travail, sens de la cohésion du groupe, gestion d’une équipe de travail, etc.

 

Comment pourrait-on acquérir ces qualités si à l’école on n’y organise  que des travaux individuels ? Depuis le début du 20ème siècle l’école moderne a remis à l’honneur les travaux en petits groupes en classe, les exposés à base de recherche et d’enquêtes à plusieurs, la compétition non d’individu à individu mais de groupe à groupe, et même dans l’apprentissage à distance où l’apprenant est seul face à son ordinateur, on instaure des regroupements périodiques et surtout le travail collaboratif entre apprenants du même programme. Les activités sportives et périscolaires contribuent aussi beaucoup à l’acquisition des qualités favorisant un vivre-ensemble harmonieux.

 

Il faudrait donc que notre école de 2019 au Togo, renonce aux modèles, aux paradigmes de l’école française du 19ème siècle où toute collaboration est traduite comme une tentative de tricherie pour aller vers une école qui met la solidarité réelle à l’honneur. »

 

 Réalisé par Eyram Denise

 

Last modified on Wednesday, 29 May 2019 09:51

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