Sunday, 21 July 2019

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Tuesday, 02 July 2019 07:57

Vindicte populaire : Trois acteurs de la société civile proposent des pistes de solutions

Vindicte populaire : Trois acteurs de la société civile proposent des pistes de solutions Photo crédit : Salamin Magazine

(Dossier) Face à la recrudescence de l'insécurité et la défaillance du système judiciaire, la vindicte populaire s’érige en règle et devient très inquiétant. Togotopnews.com avec trois acteurs de la société civile font le tour du sujet.

On ne le dira jamais assez. La vindicte populaire prend une ampleur sans précédent. En l’espace de moins d’un mois, les médias ont fait cas de trois actes de vindicte populaire dans la ville de Lomé. Le lundi 03 juin, pour vol de moto à Adidogomé, un quartier périphérique au nord-ouest de la ville, un présumé coupable est lynché par les habitants. Dans la nuit du dimanche 16 juin, cinq ressortissants nigérians (Igbos) pris à partie par les populations, seraient mort n’eut été l’intervention rapide de la police. Et le lundi 22 Juin, c’est la population d’Avepozo qui s’est réveillée avec un mort sur la main. Encore pour vol de moto, un jeune homme a été visiblement abattu, brulé et son corps non entièrement consumé errait dans la rue.    Pourquoi le phénomène reprend-il autant d’ampleur? Comment arrêter l’hémorragie? Et quelles sont les pistes de solutions pour sortir définitivement de cet engrenage? Togotopnews.com a donné la parole à trois acteurs de la société civile. Il s’agit de M. Mohamed Madi Djabakate, ancien Président du Conseil d’administration du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises (CGDPC), M. Spero Mahoule, président du conseil d’administration du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) et M. Bruno Haden, Secrétaire Général de la branche togolaise de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-Togo). Ils ont d’abord donné leurs appréhensions par rapport au fléau, puis proposent des pistes de solutions.

M. Mohamed Madi Djabakate, ancien président du conseil d’administration du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises (CGDPC) :

« Pour le spécialiste de la Protection des Droits Fondamentaux que je suis, la réaction est claire: je ne cautionne pas et je ne trouve pas de justifications légitimes ou légales à la vindicte populaire. Mais l'analyste et l'observateur que je suis, ne peut nier la propension que prend la vindicte populaire dans notre pays. Mais je reste conscient que les efforts des pouvoirs publics et des organisations de la société civile contribuent beaucoup à tempérer le phénomène.

Toutefois, ces dernières années, les cas de vindicte populaire se sont multipliés et la pratique tend à devenir un mode de fonctionnement dans la société togolaise, en particulier dans les zones périphériques de la capitale.  La résurrection des pratiques de vindictes populaires est en effet plus forte chez ceux qui se pensent que tout le monde peut s'en sortir par le travail   et chez ceux qui  ont été de par le passé soit victimes d'un vol ou insatisfaits de la sanction infligée  par le système judiciaire à des voleurs. Les échanges avec les auteurs présumés de vindicte populaire permettent de conclure que le manque d'une police de proximité est une des raisons pour lesquelles les populations préfèrent gérer directement par eux-mêmes les cas auxquels ils font face. 

LIRE : Pour vol de moto, il meurt de la vindicte populaire

Par ailleurs, beaucoup s'indignent également du fait qu'ils ont l'impression que l'Etat veut protéger des citoyens indélicats au lieu de défendre leurs biens et leurs familles. Bref, cette résurgence de la vindicte populaire s'explique par un manque flagrant de confiance envers le système étatique dans son ensemble, en particulier le système judiciaire, l’organe de maintien de sécurité, et l’administration en général.

La sensibilisation reste le seul moyen de venir à bout du phénomène. Il faut insister sur le fait que seul l'Etat a la responsabilité de rendre justice. Quiconque le fait en son nom personnel sera sanctionné conformément à la loi.

Je tiens  à rappeler aux uns et aux autres qu'il faut toujours faire preuve de prudence car nous sommes tous de potentielles victimes de vindicte populaire. Il suffit juste qu'un inconscient par maladresse nous soupçonne et crie au voleur pour qu'une bande de frustrées s'acharne sur nous avant de réaliser après coup que c'était une erreur. Mon exemple personnel où j'ai été bloqué par une bande de jeunes excités à Agoe Zongo au motif que je venais de kidnapper un enfant de leur quartier dans ma voiture. Alors que c'était juste l'enfant de mon meilleur ami que je suis allé chercher pour venir fêter avec moi car son père était en voyage. Il a fallu que l'enfant crie que je suis son oncle pour calmer leurs ardeurs. Et par après j'ai dû appeler l'épouse de mon ami pour venir me sortir de ce mauvais rêve. Tout en saluant l'esprit de vigilance de ces jeunes du quartier, il a fallu de peu pour qu'ils soient du côté obscur de la loi. Bref, il faut que les gens laissent à l'Etat ce qui est de son ressort et aux citoyens ce qui est de leur ressort. La justice est et reste de la compétence exclusive de l'Etat. »

 Bruno Haden, Secrétaire Général de la branche togolaise de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-Togo):

« La vindicte populaire est une exécution extrajudiciaire par lequel un groupe d’individus porte volontairement atteinte à la vie d’une ou des personnes humaines du seul fait que celle (s)-ci est (sont) coupable (s) ou soupçonnée (s) d’avoir commis un fait ou posé un acte. Ce phénomène se nourrit donc de crime et plus choquant, le crime des innocents. La vindicte populaire même si elle existe dans les zones urbaines où elle est pratiquée sur les voleurs et les auteurs d’accidents de circulation, elle est aussi présente dans les zones rurales loin des institutions étatiques. Dans ces zones, les personnes victimes sont souvent celles accusées de magie noire ou sorcellerie.  Elles sont parfois conduites dans une forêt ou dans la brousse par des individus souvent connus de la population pour être tuées ou lynchées.

Pour diminuer le fléau, il faut  mettre en application la recommandation N° 128.87 que le Togo a accepté lors de la deuxième session de l’Examen Périodique Universel de 2016. Cette recommandation invite à " adopter des mesures pour garantir le droit à la vie, à la liberté, à la sécurité de la personne, en particulier prévenir la pratique de la vindicte populaire ainsi que l’impunité  ".

Il faut également  respecter les engagements internationaux par rapport à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH), aux deux pactes de 1966 et leurs protocoles additionnels ; insérer la notion de la vindicte populaire dans  l’ordonnancement juridique togolais ; prendre des mesures pour poursuivre les auteurs d’actes de la vindicte populaire et les sanctionner ; sensibiliser la population sur le phénomène de la vindicte populaire ; appuyer les organisations de la société civile qui œuvre dans la lutte contre le phénomène  et renforcer la sécurité sur le territoire en mettant en place un système dit « alerte à la vindicte populaire ».

Spero Mahoule, président du conseil d’administration du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT)

« La vindicte populaire est un fléau à combattre,  car elle donne lieu à des vengeances personnelles mettant à mal le vivre ensemble et l'ordre régalien de l'Etat.  Elle est souvent source d'erreur qui conduit à la mort des innocents,  mais en plus sa peine est sans appel et disproportionnée au mal.  Il ne faut pas l'encourager mais la combattre. Le problème est que les citoyens en viennent à ces extrémités par le sentiment d'inefficacité des forces de l'ordre,  où parfois par un soupçon de connivence entre les malfaiteurs et les forces de l'ordre.  Pour combattre ce fléau,  le premier pas est la sensibilisation et l'information des populations sur la procédure judiciaire, ensuite la sanction des auteurs de vindicte.  Mais il faut que la justice et les forces de l'ordre montrent leur efficacité dans le combat contre la criminalité et la délinquance ».

Réalisé par Eyram Denise

Last modified on Tuesday, 02 July 2019 10:51

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