Wednesday, 23 October 2019

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Friday, 27 September 2019 09:31

Kako Nubukpo : « Quelque chose unissait Eyadema et Olympio »

Koko Nubukpo, économiste togolais Koko Nubukpo, économiste togolais

Difficile pour un citoyen lambda de l’imaginer ou de le croire mais c’est une réalité selon le professeur Kako Nubukpo. Agrégé des Facultés des sciences économiques et professeur titulaire à l’Université de Lomé, il affirme que Sylvanus Olympio et Gnassingbé Eyadema tous deux anciens présidents du Togo et de vrais adversaires politiques, ont un point commun.

Si les deux familles politiques étaient restées des adversaires politiques pendant longtemps, « quelque chose les unissait », selon Kako Nubuko. Ce point de convergence, explique l’économiste, c’est leurs réactions vis-à-vis du  franc CFA.

Sylvanus olympio était pour la création d’une monnaie nationale

Le professeur faisait un peu de cours d’histoire aux étudiants lors d’une conférence publique le 30 avril 2019 à Lomé. « Le 27 avril 1958, les élections législatives au Togo ont donné la victoire au CUT. Sylvanus a demandé une période probatoire de 2 ans pour préparer son indépendance et durant  cette période il a sollicité l’avis des Nations Unies sur la possibilité ou non pour le Togo d’avoir sa propre monnaie », a-t-il raconté.  La mission, poursuit l’économiste, était conduite par un fonctionnaire des Nations Unies, Jean Denise qui sort un rapport en 1959 appelé « Rapport Denise » qui va dire, qu’eu égard des fondamentaux de l’économie togolaise, le Togo peut avoir sa propre monnaie. « Ce qui va plus rassurer Sylvanus Olympio », a-t-il souligné.

Sylvanus Olympio et Gnassingbé Eyadema

A cet effet, le Togo ne signe pas le traité de l’Union Ouest africaine de mai 1962 et  décide de créer sa propre monnaie. « Dans le 1er journal officiel de janvier 1963 vous avez les statuts de la banque centrale du Togo. Et le 13 Janvier le  1er coût d’Etat militaire en Afrique après les indépendances. Sylvanus olympio est assassiné ; et le Togo va réintégrer la zone Franc dès octobre 1963 », expose l’économiste.

Début des années 70 : fin de la convertibilité  hors du dollar

Le 15 août 1972, c’est la fin de la convertibilité  hors du dollar : chaque monnaie avait un taux de change fixe avec le dollar qui pouvait être converti en or ;  les transactions devenaient de plus en plus importantes et Richard Nixon, le président américain d’alors décide le 15 août 1971 d’arrêter la convertibilité hors du dollar. « Là c’est la fin du système du taux de change fixe et en ce moment on rentre dans un système de taux de change flexible », a expliqué Kako Nubupko avant d’ajouter que la situation a fait réagir les chefs d’Etats Africains.

Pour camoufler la situation,  Georges Pompidou, président français d’alors se déplace en Afrique de l’Ouest. Il va voir plusieurs président africain. En visite au Togo en novembre 1972, il est surpris par une réaction du général Gnassingbé Eyadéma.

« Eyadema lui fait un coup. Quand vous avez deux grandes délégations comme ça, normalement vous vous échangez le discours avant la cérémonie. Et là Eyadema fait faire deux discours différents et donne le mauvais discours aux français », renseigne Kako Nubukpo.

Et après, poursuit le professeur, quand il (Eyadema) prend la parole il lit autre chose : « le Franc CFA n’arrange pas les africains. Il faut absolument changer de système ». 

Les deux chefs d’Etat (Eyadema et Olympio), conclut Kako Nubukpo, ont été les seuls rivaux politiques sur le continent africain à avoir pris  une même position vis-à-vis du FCFA.

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Les réactions des Chefs d’Etat en 1972 ont fait bouger un peu la ligne, selon Kako Nubukpo 

Avant 1972, informe l’économiste togolais, 100% des réserves de la zone franc était déposé auprès du trésor français. Après la fronde des chefs d’Etat de 1972, on passe à 65 % des réserves d’échanges déposés à Paris.

« A l’heure actuelle on est passé à 50%. Nous gardons 50 % et nous déposons 50 % auprès du trésor public français. C’est la garantie de la parité fixe entre le FCFA et l’euro. C’est au moment de la révision des accords de coopération de 1973 que nous avons obtenus ce ‘’ gain’’ », a dit Kako Nubukpo. La deuxième chose obtenue, poursuit-il, c’est          l’africanisation des cadres. « Jusqu’en 1972 les directeurs nationaux de la BCEAO étaient français. La troisième chose obtenue c’est le rapatriement du siège de la BCEAO et de la BEAC en Afrique. Jusqu’en 1973 le siège de nos banques centrales était à Paris. C’est en 1958 que la BCEAO va revenir au Sénégal, à Dakar et la BEAC à Yaoundé au Cameroun. Ça n’a pas suffi à deux pays qui ont décidé de partir. C’est la Mauritanie qui part en novembre 1972 pour ne plus jamais revenir et Madagascar qui part en mai 1973 », a-t-il affirmé.

A cet effet, l’économiste togolais analyse que si l’histoire de la zone franc paraît facile mais dans les faits, poursuit-il, cela a été très complexe avec des débats très houleux dans lesquels les chefs d’Etat n’ont jamais été passif contrairement à ce qu’on pourrait penser. "Certains Chefs d’Etat ont décidé et obtenu leurs sorties de la zone : la Guinée de Sékou Touré, le Mali de Modibo Keita, le Togo de Sylvanus Olympio, le Madagascar et la Mauritanie", a renseigné l'économiste.

Une situation qui amène celui qu’on peut appeler activiste du Fcfa à parler de  ‘’ servitude volontaire’’. « D’autres chefs d’Etats ont eu le courage de sortir. Ceux qui disent que nous ne pouvons pas sortir c’est faux. Ceux qui ont voulu sortir sont sortis. Cela relativise un peu la thèse du complot français qui est souvent utilisé. Je pense qu’il faut toujours balayer devant sa porte. La servitude volontaire est le concept qui qualifie au mieux la situation dans laquelle nous sommes du point de vue de l’inertie de la zone franc », a-t-il conclu.

Atha ASSAN

Last modified on Friday, 27 September 2019 12:31

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