Thursday, 28 May 2020

S SOCIETE

Friday, 27 March 2020 08:00

Réflexion: Covid-19, l’effondrement de l’individualisme ou ce qui va changer?

Edem DOTCHE,  Vice-président du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises  (CGDPC)* Edem DOTCHE, Vice-président du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises (CGDPC)*

Qui n’a pas entendu les phrases suivantes ; le temps c’est de l’argent, il faut se battre pour réussir dans la vie, il faut travailler dur pour être au sommet, vaut mieux pleurer dans une ferrari que sur un vélo, je ne peux pas rester 24h sans bouger ou sans rien faire.

Foutaises.

La course à l’accumulation des richesses personnelles a conduit l’homme ces derniers siècles à privilégier la course solo à la démarche collective. Le rythme effréné de la vie a semblé nous convaincre tous que le monde se porte bien parce qu’il y a des gens qui se lèvent tôt, qui s’en occupent. Jusqu’à ce que le monde soit amené à tourner à l’heure Wuhan, au rythme de Wuhan, sur le fuseau de Wuhan. Les conflits armés, les naufrages collectifs dans la méditerranée, les tsunamis de l’autre côté, tout cela ne pouvait arriver qu’aux autres tant que nous avons des dirigeants qui peuvent redoubler d’ardeurs dans des discours politiques de paix, des Etats forts, une chaîne de recherche impeccable.

Il ne faut pas se leurrer, le monde ne fait pas face à sa première tragédie. Celle-ci est particulière parce que spectaculaire à cause de la mondialisation même de l’information. Le nombre de personnes infectées ou de personnes décédées est décompté à la cocotte-minute. Que ça doit être plus soulageant d’appartenir aux siècles passés où les tragédies de telles envergures n’étaient connues que des personnes qui en étaient touchées de pleins fouets, et qui ne bénéficiaient pas des moyens de rallier le monde en quelques heures… Que tout a changé, pourrait-on être tenté de dire.

Pourtant rien n’a changé. Les conflits armés se déroulent au vu et au su de tout le monde sans qu’on ne se sente concerné tant que la 5G, le chauffage, les TGV etc tournent régulièrement. Les informations sur la famine qui tue dans certaines parties du monde sont accessibles en un clic mais cela n’émeut personne y compris, ceux qui ont du surplus. Bref, l’individualisme « personnel » est passé à l’individualisme « collectif ». Ce qui devrait être une indifférence personnelle, au niveau de l’individu pris isolément, est devenue une indifférence collective, au niveau des sociétés mieux nanties que les autres.

Puis un jour Pataproufffff. Arriva le Covid-19 qui va refaire inévitablement le visage du monde, de notre pays le Togo, de nos villages et quartiers.

Refaire le portrait du monde

Si tousser en Chine peut avoir des conséquences sur la respiration au Togo, cela veut dire que le Covid-19 est un régulateur du droit international. Une égalité dans la contamination. Si pour éviter la recontamination, la Chine par exemple devra faire preuve de solidarité envers les plus faibles, disons que le Covid-19 réinvente, les relations internationales

La régulation internationale

Si tous les Etats avaient la même compréhension de la température du monde, on assisterait à plus de solidarité et à plus d’implications dans la résolution des conflits. Le Covid-19 n’empêchera pas les pays de courir à leur grandeur personnelle, il va sûrement ouvrir les yeux au monde qu’autant la machine des faibles peut prendre du sable, autant elle peut être aussi enragée dans le cercle des forts.

Droits économiques sociaux et culturels Versus droits civils et politiques ?

Le Coronavirus vient insister sur une caractéristique des droits de l’homme. Leur interdépendance et leur indivisibilité. Le droit à la santé déclenche une avalanche de mesures allant de la fermeture des écoles, des débits de boissons, des discothèques, interdiction d’aller au boulot etc. Tout cela pour sauver la vie humaine. La liberté de circuler est mise sous coupe réglée, le caractère sacré de la vie triomphe.

Faut-il se méfier des fous ?

Le Coronavirus aura révélé encore une fois le caractère d’hommes à part de quelques dirigeants mondiaux. Bien que le virus ait été sous-estimé dans le monde occidental qui pensait que c’était une affaire chinoise, Donald Trump et Bolsonero ne semblent pas émoussés. Leur propension à l’extrême n’a pas pris une seule ride. De climatosceptiques à coronasceptiques, il n’y a qu’un seul pas. Si les pays de ces dirigeants venaient à être durement touchés, peut-être que les extrêmes droites viendraient à perdre leur soutien. Le communisme a connu son heure de gloire, le socialisme et le capitalisme aussi, les extrêmes droites pourraient être de courte durée, l’Etat providentiel pourrait faire son retour.

Qu’adviendra-t-il alors des pays sans identité politique précise comme le Togo ?

Refaire le portrait du Togo

Le togolais d’après Covid-19, va se réveiller dans un Togo nouveau. Un Togo dans lequel rien ne devrait plus faire peur. Il y a pire que la guerre avec des armes létales, l’absence de guerre ne saurait plus lui être vendue comme une denrée rare. Il y a des paix pires que la guerre. Le combat pacifique, sans armées que le Covid-19 est en train de mener à l’humanité est pire que toutes les récentes guerres connues par la race humaine. Aussi le togolais s’en sortira-t-il plus teinté de la philosophie de l’absurdité mais plus regardant sur le présent et interrogateur sur son futur. La reprioritisation des besoins du togolais sera remis au goût du jour.

Le Coronavirus, un opposant affirmé

Durant des décennies, pointer du doigt la mauvaise gouvernance, les errements dans la gestion des biens collectifs, fait de vous un opposant au régime, voué aux gémonies et bon à être cuit au feu. Avec cette pandémie, tout a été mis à nu. Un système de santé inexistant, un leadership aphone, des citoyens égaux devant la pandémie. Le camp des Tout va très bien, ne semble pas disposer à provoquer le mauvais sort, et s’abstient désormais d’injurier le camp de Rien ne va. La salvation ne tient plus à la détention d’un compte garni de bien, d’un billet d’avion en classe affaires ou d’un jet médicalisé. Les détourneurs de fonds publics devront se résoudre à doter leur maison principale et annexe en appareils respirateurs pour femmes légitimes, nombreux enfants et maîtresses. Vaste chantier.

Seul l’insensé ne comprendra pas, ne tirera de cette situation la leçon qu’il faut savoir raison gardée et que la lutte d’un SYNPHOT depuis 2011 pour une amélioration des conditions de vie et de travail n’était en réalité dirigée contre personne.

La paix, la paix, la paix et puis quoi ????

La paix le matin, la paix le midi, la paix le soir. La chanson de la paix a perdu par enchantement d’entonnement. Le Covid-19 tabasse aussi bien ceux qui hument le vent d’une paix véritable, d’une paix factice, d’une paix non paisible, et des guerres sans relâche. La meilleure paix c’est de vivre en paix et de savoir qu’on pourra mourir en paix parce que des gens appelés médecins auront tout fait pour te sauver.

Quel projet de société pour le Togo ?

Il est évident que le pouvoir actuel a échoué. Il ne m’intéresse pas de l’évaluer au bout de l’ancienne vraie fausse corde. Les 15 ans de Faure sont aujourd’hui, aux yeux de tous, un échec. Un désastre sur le plan santé, 5 lits pour tout un pays, et le recours à Dieu comme seul médicament.              Il faut que le Président Faure donne la chance à quelqu’un d’autre d’essayer une nouvelle gouvernance pour le Togo d’ici 2025 au plus tard. Le scandale lié à la vraie fausse livraison de vrais faux scanners sans que personne ne soit puni est toujours vivace dans les esprits.

Un investissement fantomatique dans la recherche de pointe. On parle de virus et on s’en remet aux spéculations des autres, incapables d’essayer et d’appliquer par soi-même. On parle de chloroquine, on doit peut-être faire la queue derrière les puissants du monde qui en font la commande à une échelle industrielle. On n’a pas encore atteint le pic, mais un autre virus, la faim risque de disputer la vedette au coronavirus. Une faible et surtout illisible politique d’autosuffisance alimentaire. Le système de sécurité ne doit pas consister à armer des militaires pour tabasser les civils. L’armée togolaise regorge en elle de grands intellectuels dont les compétences peuvent profiter au pays si on les met à la place qu’il faut et qu’on leur donne les moyens qu’il faut. Les combats corps à corps sont en train de disparaître au profit des combats téléguidés, des affrontements entre robots, drones ou nano technologies.

Une journée obligatoire pour les retrouvailles familiales ?

Autrement dit, une journée dédiée à la vie chaque mois ? Je ne parle pas des week-ends. La rengaine elle est connue, on n’a pas de temps, on a des dossiers, on est trop chargé.

Pourtant, dans le confinement strict des Etats dont le quotidien se déroulait à la vitesse de la lumière, un virus vient rappeler qu’on peut ralentir le temps et accorder du temps aux siens. La solidarité doit renaître dans les cours communes, les retrouvailles chaleureuses de la famille large, les partages de repas avec l’orphelin peuvent être ressuscités.

L’histoire est une roue qui tourne, les anciennes bonnes habitudes peuvent renaître, le temps ne peut plus être une excuse pour donner de soi aux siens et aux autres. Plus de solidarité et de partage.

Que ne doit pas faire l’Afrique ou le Togo ?

Comme les Programmes d’Ajustement Structurels bêtement exécutés à la lettre par nos Etats par le passé, et pour lesquels plusieurs pays asiatiques avaient choisi de faire exactement le contraire, il ne faudra surtout pas écouter et suivre bêtement ce qui se fait en Occident. Il faut avoir le courage et l’esprit inventif, s’inspirer des pratiques gagnantes des autres et les mixer avec une dose d’originalité africaine.

Le monde va à coup sûr changer et le Togo aussi.

Edem DOTCHE,

 Vice-président du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises

(CGDPC)*

Last modified on Friday, 27 March 2020 08:28

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