Monday, 26 October 2020

S SOCIETE

Thursday, 17 September 2020 07:08

Elle avorte les mariages forcés et renvoie les filles à l’école ou en apprentissage

Mme Ali-TAGBA Aridjatou est musulmane et vit à Kpalimé. Victime elle-même du mariage forcé, à l’âge de 16  alors qu’elle était une brillante élève en classe de première,  Mme Aridjatou, veut mettre fin à cette pratique toujours répandue dans sa communauté. Togotopnews l’a rencontré.

Avant de rencontrer son propre histoire et parler de son combat contre le mariage forcé, elle regrette l’ampleur du phénomène, malgré les interdictions.

« Au Togo, la loi interdit le mariage forcé mais beaucoup de familles s’adonnent encore à cette pratique qui concerne généralement les filles de moins de 18 ans. Les nouveaux cas nous sont signalés chaque fois. Mais ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg  C’est quand même insoutenable qu’on arrache des petites filles des bancs pour les marier de force à des hommes âgés, contre leur gré », déplore-t-elle.

Et de poursuivre : « En 1982, j’étais en première quand on a mis fin à mes études pour me marier. Je brillais en athlétisme et je participais à des concours régionaux. J’étais toujours gagnante. A l’école aussi, j’étais parmi les meilleurs. Pourtant, mon père soutenait qu’une fille à l’école, ça n’aboutira à rien. Cette année-là, après le premier trimestre, je  n’ai plus continué. J’avais 17 comme moyenne.  Mon papa m’a dit qu’on doit aller  en congé au village. Arrivée, on m’apprend que c’est là qu’on doit me faire la cérémonie de mariage. Tout est allé vite. Le mariage était célébré par les deux familles en l’absence de mon époux. Quelques jours plus tard, on m’a ramenée dans sa maison ici à Kpalimé.  Il était en voyage. J’ai trouvé 2 femmes à la maison. Je suis la troisième. Je suis restée chez mes coépouses. Quand mon mari est de retour du voyage, on me l’a présenté. C’était le jour-là que je l’ai vu pour la première fois. J’avoue que les six premiers mois passés chez lui sont les moments les plus durs de ma vie. Je ne me retrouvais pas. Je suis tombée malade et hospitalisée pendant un mois et demi».

Constatant que le fléau persiste,  elle va créer en Septembre 2007, l’Association des Femmes Musulmanes pour l’Education et le Développement  (AFMED). Une organisation qui vise à éradiquer les mariages forcés, précoces, les violences basées sur le genre et contribuer à l’épanouissement de la femme musulmane en particulier et de la femme en générale. »

Elle fait attendre sa voix et impacte

A travers cette association, Mme Aridjatou fait entendre sa voix, pour changer les mentalités.  Elle fait des sensibilisations via des émissions radiophoniques. S’il y a un projet de mariage forcé dans la localité, elle intervient,  y met fin et renvoie les filles à l’école ou en apprentissage.

« Comme nous intervenons sur les radios, nous laissons nos coordonnées et adresses et des gens nous contactent généralement quand ils sont au courant d’un projet mariage forcé. Parfois, ce sont les victimes elles-mêmes qui viennent vers nous. Et nous faisons tout pour mettre fin au mariage. Nous réussissons à convaincre les parents qui au final comprennent les inconvénients du mariage forcé et précoce. Parfois cela prend beaucoup de temps et dans certains cas, nous gardons les filles chez nous jusqu’à ce que les parents fléchissent », explique –t-elle.

Pour gagner le pari, l’association travaille en collaboration avec les services étatiques notamment le ministère de la femme et de l’action sociale, l’autorité judiciaire, les forces de sécurité et la chefferie traditionnelle pour mener ensemble ce combat.  «Nous faisons preuve de la diplomatie pour dissuader les parents. Au cas où les familles sont réticentes, nous faisons appel à la justice puis le tour est joué», se réjouit, la fondatrice d’AFMED.

Par ailleurs, la structure a mis en place un programme d’alphabétisation pour l’épanouissement de la femme dont les cours se font gratuitement tous les mercredis et les dimanches soirs.  Au total 433 femmes ont bénéficié à ce jour  de ce programme d’alphabétisation. Pour Mme Aridjatou « il est important d’éduquer les femmes », car dit-elle « c’est l’ignorance qui contribue à cette pratique.»

Les différentes actions menées par l’association ont de réels impacts. En témoigne les chiffres.  « Depuis 2012, nous avons avorté au total 35 projets de mariages précoces et forcés. Nous accompagnons aussi les fillettes sauvées du mariage à continuer leurs études ou aller en apprentissage, afin qu’elles réussissent dans la vie», informe-t-elle.

 

ANNEE

Nombre de Mariages (précoce et forcé) annulés par l’ONG AFMED

2012

02

2013

05

2014

07

2015

04

2016

06

2017

03

2018

03

2019

02

2020

03

Total

35

                                                Statistiques détaillés

                                                     Source : ONG AFMED

Au nombre des jeune filles accompagnées par l’association, figure Zakia. Elle était en première, quand son mariage a été annulé. Aujourd’hui, elle a en poche son Bac D et fait l’université. Nous l’avons rencontrée. Elle évoque la plus grande victoire de sa vie.

« Cette structure s’est vraiment battue pour moi. A un moment, la fondatrice m’a hébergée chez elle pendant 12 jours parce que mes parents ne voulaient pas changer d’avis. Elle a fait appel au service des affaires sociales qui ont rencontré ma famille. Avec toute cette histoire, j’ai échoué au Bac en 2016 et c’est  l’année suivant que je l’ai eu. Présentement je suis en 3ème  année à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestions (FASEG). Parallèlement je prépare le concours d’admission à l’Ecole Nationale des Assistants Médicaux (ENAM), car je nourris d’ambition de devenir assistante médicale. Je suis  très fière de mon parcours. C’est ma plus grande victoire. Mes parents sont aussi aujourd’hui contents de moi  et expriment leur regret », dit Zakia, visiblement reconnaissante.

Création d’un centre d’écoute en vue

Primé pour son engagement en Mars 2019, par l’organisation Agir Ensemble pour l’Afrique, Mme Ali-Tagba Aridjatou compte créer un centre d’écoute pour les femmes victimes des violences basées sur le genre pour poursuivre son combat.

Faut-il le souligner, l’association a créé des ententes dans le grand kloto, et évolue vers les Plateaux Est.

Toutefois, les difficultés sont nombreuses notamment le manque de financement et de partenariats. Un appel est donc lancé aux potentiels partenaires pour accompagner cette structure au service de la nation.

Pour tout fins utiles, contacter l’association au 97 75 32 08

Last modified on Thursday, 17 September 2020 07:20

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